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Bruno SAURA étudie, en anthropologue et en sociologue immergé depuis deux décennies, le regard porté par les Tahitiens (les Ma'ohi) sur eux-mêmes et sur les Popa'a et Farani (Européens et Français), ainsi que le regard porté par les Français sur les Tahitiens. L'auteur se fonde en particulier sur les expressions orales formulées dans le cadre des conversations privées (il ne s'agit pas d'interviews ni de statistiques) pour peindre les visions des uns et des autres. La situation coloniale, malgré l'actuel statut d'autonomie et la forte contribution financière de Paris, continue de peser sur ces regards. La tenue vestimentaire, l'usage de la langue française et de la reo ma'ohi, les corps et les mœurs des hommes et des femmes, les pratiques religieuses (Ma'ohi principalement protestants et Français principalement agnostiques), la conception de l'activité économique, voilà quelques uns des tests auxquels les habitants sont évalués par le chercheur.

Il en ressort qu'une frontière invisible sépare ces communautés. Plus que l'inégalité des ressources matérielles, qui s'est réduite, c'est l'image identitaire polynésienne qui s'est affirmée en "tahititude" et en ascension du courant indépendantiste. Plus que le mythe écorné de la tolérance, c'est l'image d'une virilité polynésienne renforcée par l'essor du tatouage et de la popularité des films d'actions "made in USA" alors que les Français, même "piqués au tiare", campent sur leurs valeurs "universelles" et restent des étrangers de passage (ratere) et au bout du compte des non circoncis puants (taioro). En revanche, les couples mixtes sont plus nombreux, les femmes des deux cultures inspirant — aux hommes des cultures opposées— au moins une exotique curiosité.
Leurs représentations réciproques aujourd'hui. Au Vent des Iles, Tahiti. 2è éd., 2004, 157 pages.
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