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Disparu il y a trente ans, Ramón Sender est un auteur majeur de la littérature espagnole du XXe sècle, mais il n'a été que très partiellement traduit en français.

Initialement publié en 1953 au Mexique, ce "Requiem pour un paysan espagnol" metRequiem-pour-un-paysan-espagnol.jpg en scène le curé d'un village, Mósen Millán, responsable de la mort d'un jeune paysan républicain qui avait été son ami. Longtemps interdit sous Franco, ce texte circula sous le manteau avant d'être publié en Espagne en 1975. Le paysan s'appelle Paco. Le curé Mósen Millán l'a vu grandir, il en a fait son enfant de chœur. Il est devenu son ami. Il l'a marié. Mais les tensions politiques se glissent jusqu'au village et font du curé l'ami des riches et de Paco l'ami des pauvres. Le jour où la République est proclamée, Paco devient révolutionnaire et prend le maquis tandis que les fascistes se livrent à plusieurs exactions et meurtres. Sous la pression des fascistes, Mósen Millán, sans résister beaucoup, trahit son jeune ami en se berçant de l'illusion qu'il ne serait pas fusillé comme un rouge. Au fur et à mesure qu'avance l'histoire, un enfant de chœur entonne le récit de la mort de Paco tel que les paysans l'ont composé. « Et voilà le Paco du Moulin / il vient d'être condamné / et il pleure sur sa vie / en route pour le cimetière…» Pour l'enfant de chœur comme pour le lecteur c'est le récit d'une autre Passion, d'une autre Semaine Sainte, Paco-Jésus avançant jusqu'au lieu de son supplice. Un an plus tard, le curé a décidé de dire une messe de requiem... Aucun villageois ne se rend à l'église : seule la mule de Paco y pénètre tandis que dans la sacristie les trois notables se disputent auprès du curé pour lui payer sa messe...

Le thème de la culpabilité traverse aussi "Le Gué" : une jeune femme, Lucie, tente d'avouer à sa sœur Joaquine qu'elle était responsable de la mort de son mari. Elle l'aimait. Mais il avait épousé la sœur. Lucie le dénonça par esprit de vengeance en indiquant anonymement sa cachette aux gardes civils. La culpabilité devenue insupportable, Lucie, tente de se confesser. Puis elle se met en tête de tout avouer à sa sœur pendant qu'elles lavent leur linge au gué de la rivière. C'est là qu'elle devient folle.

Ces deux récits très "prenants" sont écrits dans une langue dépouillée, efficace, classique. Un auteur à découvrir dans la belle édition d'Attila.

Ramón SENDER. Requiem pour un paysan espagnol, traduit par J.-P. Cortada. Suivi de Le Gué, traduit par J.-P. Ressot. Attila, 2010, 167 pages. 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE