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• Au printemps 1939 la guerre civile s'est achevée. Les derniers soldats de l'armée républicaine en déroute sont passés en France où la "Retirada" n'aboutit qu'à des camps impropres à les recevoir, la IIIe République agonisante n'aimant pas qu'on lui rappelle les espoirs déçus du "Front populaire". En fait, des soldats de la République espagnole, il en restait dans leur patrie : en voici quatre, réfugiés près de leur village natal du Nord-Ouest de l'Espagne dans la Cordillère Cantabrique.

• Au début de ce roman structuré en quatre temps—1937, 1939, 1943, 1946— Angel est entouré de trois compagnons d'armes : Juan, Gildo et Ramiro. Les quatre hommes tentent d'échapper à l'enfer de la clandestinité. Ils vont tomber l'un après l'autre. Arrive le mom ent où Angel est seul. Il n'a quasiment plus de contacts possibles pour survivre : sa sœur mariée à Pedro, que les gardes civils ont tabassés, et Lina la veuve de Gildo. Celle-ci ne peut s'empêcher de lui répéter ce qui se dit au village : « Ils racontent que ce que tu aurais de mieux à faire, c'est de boire une bouteille de cognac et de te tirer une balle dans la tête.»

• La misère, la solitude, la faim, le froid : tout est rendu avec réalisme dans une écriture serrée, sans fioritures. Courant dans les cimes, passant de bergerie abandonnée en grotte ignorée de tous, ils observent parfois à la jumelle les allées et venues des gardes civils, en bas, dans la vallée. Les gardes civils abattent les fuyards, notamment sur dénonciation car la tête de chaque fugitif est mise à prix. Quelques épisodes un peu plus longs, comme la prise d'otages du directeur de la mine, rompent avec la monotonie de l'attente, en planque, la mitraillette en bandoulière ou à portée de main. Les nuits sont longues, il y a du temps pour contempler la lune. Les hivers sont rigoureux, et la neige revient chaque année, longtemps. Parfois on veut croire à un bruit qui court, que Franco bientôt va disparaître…

Julio LLAMAZARES. Lune de Loups. Traduit par Raphaël Carrasco et Claire Decaëns. Verdier poche, 2009, 186 pages. ("Luna de lobos", Seix Barral, Barcelone, 1985).

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE
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