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Merci à Françoise A.L.

 

« À la recherche du temps perdu » : une œuvre mythique qui en intimide plus d'un par sa Karpeles-Musée Proustréputation élitiste ! « La Recherche » tout court pour les intimes de Swann, de Charlus et des  Verdurin...

Le peintre américain Eric Karpeles a eu l'excellente idée de consacrer un beau livre aux tableaux cités par le narrateur de « La Recherche » ainsi qu'à ceux qui sont évoqués par un nom d'artiste, ou par un sujet précis. Ainsi est constitué le "Musée imaginaire" qui réjouira tout lecteur de Proust : comme aide-mémoire, fil conducteur, ou simple découverte — car certaines œuvres ne sont pas  connues aujourd'hui, parce qu'elles sont passées en mains privées, ou parce que l'évolution du goût les a abandonnées au fond des réserves pour un long purgatoire. C'est particulièrement le cas d'artistes, souvent académiques, de la seconde moitié du XIXe siècle : Jules Machard (ci-dessous), l'orientaliste Decamp, le paysagiste Lebourg,  les portraitistes Gustave Jacquet et Eugène Carrière, le dessinateur Maxime Dethomas, les classiques Hébert et Dagnan-Boveret, ou le créatif Léon Bakst…

Chaque page ou double page permet de visualiser de manière commode — je n'ose dire pédagogique !— à la fois le passage de la Recherche où la peinture est citée ou évoquée, une brève rédaction en précisant le contexte (en italique), et une reproduction photographique de qualité. Voici par exemple les pages 72-73 :

Texte-Machard.jpg Machard-1896.jpg

Il faut aussi indiquer que l'ordre du texte de Proust est respecté : le livre d'Eric Karpeles est bâti en suivant les sept parties de « La Recherche », comme on le constate en consultant le sommaire (en début de livre). En fin de volume un index permet de retrouver chaque œuvre picturale reproduite, tant dans la pagination du livre que dans celle de la Pléiade. En somme ce précieux volume servira au professeur de lettres, à l'étudiant, comme au simple curieux.

Ce travail considérable n'a pas dû être toujours aisé. Ainsi page 187 (in "Du Côté de Guermantes") Charlus évoque « le roi de Pologne et le roi d'Angleterre, par Mignard ». J'ai cherché, mais je n'ai pas trouvé que Pierre Mignard ait peint ces souverains ; aussi nous expliquons-nous — car Eric Karpeles n'avoue rien de ses tribulations — que soit reproduit un portrait de "Louis XIV à cheval et couronné par la Victoire, devant Namur" dudit Mignard.

Si cet ouvrage nous permet de visiter le Musée imaginaire de Marcel Proust, il nous permet évidemment de retrouver rapidement ses préférences, dont l'auteur américain a montré l'essentiel dans son introduction. Giotto marque le début chronologique de ce Musée imaginaire. Botticelli en fait amplement partie ; les visages des belles Toscanes sont rapprochées du visage d'Odette et la robe à fleurs du "Printemps" est analogue à celle qu'un jour ladite Odette porta. Marcel Proust voue une grande admiration à Turner, à Whistler (portraits, vues de bords de mer) et aux Impressionnistes — dont il compose la figure romanesque du peintre Elstir. Enfin n'oublions pas Vermeer que Marcel Proust a contribué à faire redécouvrir, et dont "le petit pan de mur jaune" fut fatal à l'écrivain Bergotte. Il faut aussi retenir qu'un grand critique d'art a longuement influencé l'auteur de la Recherche : John Ruskin, mort en 1900.

Eric KARPELES - Le Musée imaginaire de Marcel Proust

Traduit de l'anglais par Pierre Saint-Jean. Thames & Hudson, 2009, 352 pages.

 

Tag(s) : #BEAUX ARTS, #PROUST, #LITTERATURE