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Attachez-vos ceintures ! L'auteur va vous surprendre et vous emmener à la fois en Italie autour de 1500, à Barcelone en 1920, à Saïgon en 1975 et dans le Mexique d'aujourd'hui. Après une composition en alternance et qui peut déconcerter, au bout de quelques centaines de pages tous ces récits feront leur jonction comme par miracle.

✪ Au début, le narrateur, José Daniel Fierro, déjà célèbre pour avoir écrit « La tête de Pancho Villa », reçoit un appel téléphonique de son éditeur, le dénommé Tropea qui l'interpelle « en "cocoliche", ce mélange d'italien et d'espagnol inventé en Argentine.» Mais nous sommes à Mexico. L'éditeur est juste un peu énervé :
— Tu sei come Leonardo, tou ne termines rien, niente, nada…
C'est alors que le narrateur explique qu'il travaille à un roman où il sera question « De joueuses de basket et de [s]on grand-père qui était terroriste à Barcelone.» Si vous êtes aussi incrédules que l'éditeur, vous avez tort ! Le roman va s'écrire sous vos yeux. Sauf que les choses se passent comme s'il ne s'agissait pas de fiction…


✪ Effectivement, l'écrivain José Daniel Fierro est devenu fan de basket féminin qu'il regarde sur une chaîne câblée. Il s'est pris de passion pour une basketteuse d'un club du Texas et voilà que cette Karen Turner est kidnappée, en même temps qu'une autre joueuse est assassinée. L'enquête de José Daniel le mènera à Ciudad Juarez dont vous connaissez la sinistre réputation. Il y retrouvera Karen à l'hôpital et bien mal en point, je ne vous en dis pas plus. Il s'imagine ainsi le sauveur de la Belle…

À Barcelone, en 1919-1920, les anarchistes sont très actifs et Angel del Hierro — devinez-qui ? le grand-père du narrateur ! — est l'un de ces brillants sujets. Le petit journaliste Antonio Amador est l'ami de ces anars et il rend compte de leurs exploits explosifs et sanglants par des articles parfois signés Rocambole (p.266). De leur côté, les patrons recourent à des tueurs impitoyables que dirige le Baron de Koenig. Après l'assassinat du premier ministre en 1921, tous les anarchistes sont recherchés. Amador quitte Madrid après avoir découvert à la Bibliothèque Nationale de Madrid un Codex des écrits et des dessins de Léonard de Vinci. Cette partie du récit est embrouillée à souhait et l'auteur le confirme : « Rien n'était clair dans cette histoire » (p.270). On se croirait dans une B.D. à l'histoire échevelée.

Renaissance oblige, Léonard de Vinci a beaucoup de projets en tête mais très peu se réalisent. Parmi eux, la fresque de la bataille d'Anghiari, la fameuse bicyclette… mais aussi le scaphandre de plongée. Au passage vous apprendrez que Mona Lisa n'est pas forcément la Joconde. Et si vous ne croyez pas ce que raconte P.I.Taibo II à propos de Léonard, sachez qu'il donne des références bibliographiques sérieuses auxquelles j'ajoute l'ouvrage de Daniel Arasse paru en 1997 chez Hazan, postérieurement à la publication du roman à Mexico.

Le nommé Jerry Milligan qui s'activait à Saïgon en 1975 au moment où les derniers Américains s'enfuyaient réapparaît à New York après avoir quitté la CIA. Des années plus tard, le rideau de fer et le rideau de bambou sont tombés, Christo le Bulgare, autre ancien du Vietnam et du renseignement mais du camp d'en face, prend contact avec Jerry, lui envoie de l'argent et le prie de venir au Mexique pour l'aider. Ce qu'il fera. Quelque par du côté de… Ciudad Juarez !

Dans ce roman d'action à cheval sur plusieurs époques, l'auteur nous a tant promené et diverti qu'il craint pour sa réputation. Aussi confie-t-il à José Daniel Fierro le soin de nous prouver sa culture littéraire, convoquant d'illustres auteurs du XXe siècle tels Ramon Valle-Inclan, Pio Baroja, Oriana Fallaci ou Philip K. Dick. Rien que des gens très sérieux ! Ça change évidemment de cet amusant roman noir, où les reins (de Karen et de Christo) et les cœurs (visés par les pistolets des anarchistes ou des jaunes) sont des organes très convoités. Ah ! j'oubliais, les fans de Santana seront aux anges…

Paico Ignacio TAIBO II : La Bicyclette de Léonard
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Anne Masè. Rivages/Noir, 1998, 480 pages.
 
 
Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #MEXIQUE