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« Ces histoires juives dont pas une seule ne m'est arrivée et dont je n'ai inventé aucune me décrivent, me caractérisent, m'expliquent. C'est toujours mon histoire.» On a posé la question : comment peut-on écrire (de la poésie, du théâtre, du roman, etc) après la shoah ? Adam Biro n'a pas à répondre à cette question, à peine y fait-il allusion par des mots comme "le malheur" ou "l'Histoire", car il se contente de puiser ses nouvelles dans de vieux volumes appartenant à un grand-père hongrois qui lui a donné le goût des histoires — « juives ou non.» Et on peut le croire — ou non.

La plaisanterie juive — le "witz" — est typiquement celle qu' Adam Biro offre ici au lecteur français. Même le sous-titre, "une autobiographie", relève de l'humour puisque les Juifs que ces histoires font revivre appartiennent à toute une diaspora et à diverses époques. « Cette autobiographie ne raconte pas ma vie. Elle raconte celle de deux Juifs qui voyagent ensemble dans un train et qui parlent. Ils voyagent entre Lemberg et Tarnopol…, non, ces villes ne s'appellent plus ainsi, c'était dans le temps, avant, quand il y avait encore des Juifs…»

Aussi les quatre nouvelles (sur 22) fidèles au titre ferroviaire sont - elles situées dans un passé suffisamment antérieur à 1940. Et même d'avant 1914. Quand il y avait d'autres frontières en Europe et donc la Kakanie. La nouvelle intitulée «Têtes de poisson» se passe ainsi «Dans un vieux train k. un k., kaiserlich und königlich, impérial et royal» du temps de l'empire bicéphale, de Sissi et de l'empereur cocu. D'autres nous emmènent à New York, à Paris dans le Sentier, à Troyes même. Mais souvent au "shtetl", en Galicie, dans l'Ukraine d'antan, — du temps des pogroms sous les Romanoff car la Belle Époque ne l'était qu'à moitié — ou en Transylvanie, comme dans «La Tartine.» Vous savez bien : c'est la question de savoir pourquoi la tartine  — graisse d'oie étalée sur une tranche de pain noir assaisonnée de paprika — tombe du mauvais côté. Réponse du troisième rabbin consulté par Schönberger Izrael le fabricant de pipes :« C'est toi, meshüge, imbécile, qui étales la graisse sur le mauvais côté. Shalom.»

Schnorrer resté pauvre ou devenu milliardaire, commerçants du bazar de Bagdad ou du Sentier, les personnages de ces nouvelles sont toujours ancrés dans la tradition, «respectueux des Mitzvot, des règles et des commandements, des lois et de la Loi ». Toutes ces histoires se situent dans la vie quotidienne, dans la vie courante, et cette part de "réalisme" fait leur force et leur charme. Mais quand c'est le rabbin qui enfreint la loi le jour du sabbat, oublie la synagogue, prend sa voiture et va jouer au golf ? « Vous me direz : "Ce n'est pas convenable, c'est tout à fait impossible." Je vous entends. Un rabbin… Mais il s'agit d'un conte, d'accord ? Dans un conte, tout est permis, tout est possible. Alors écoutez sans m'interrompre.» Alors, là, c'est la meilleure !

Adam BIRO
Deux Juifs voyagent dans un train

Maisonneuve & Larose, 1998, 170 pages

 

 

 

Tag(s) : #ISRAEL et MONDE JUIF