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    Le 19 juin 1940 les troupes allemandes entrent à Nantes. Le 12 août 1944 les troupes américaines entrent à Nantes. Entre ces deux dates, l'occupation se résume dans l'esprit de beaucoup à un événement majeur, l'exécution du Feldkommandant Karl Hotz par un commando des Bataillons de la Jeunesse, venu spécialement de Paris, suivie d'une répression aveugle, le tout en octobre 1941. En témoigne le monument aux Cinquante Otages fusillés par les nazis qui occupe une place évidente. Comme l'arbre qui cache la forêt?
    Pour traiter de la Collaboration dans son contexte et sa diversité, l'auteur s'appuie sur une quantité extraordinaire d'archives publiques (celles des partis et les témoignages d'anciens collabos étant rarissimes) et son travail méticuleux crée le sentiment que plus rien n'échappe du sujet. Cela donne un livre incontournable, traitant de la vie du département sous l'occupation, de la collaboration d'État, du collaborationnisme et de l'épuration de manière quasiment exhaustive.
    
    
1. La Loire-inférieure à l'heure de la Révolution nationale.
 
    L'administration est épurée par Vichy. Le préfet Leroy nommé par le Front populaire est remplacé par Philippe Dupard lui-même remplacé en 1943 par Édouard Bonnefoy (qui sera nommé à Lyon puis arrêté et déporté) et donc à son tour remplacé par Georges Gaudard que les Allemands arrêtent en mai 1944. Les préfets ont dû nommer plusieurs nouveaux maires. Ainsi les députés-maires Auguste Pageot (Nantes) et François Blancho (Saint-Nazaire), bien qu'ils aient voté les pleins pouvoirs à Pétain, perdent leur mairie. Le nouveau maire de Nantes fut Gaétan Rondeau, celui de Saint-Nazaire fut Pierre Toscer : deux fidèles du Maréchal. En octobre 1942, Rondeau est remplacé par Henri Orrion.
    
    L'auteur nous fait assister à l'application des grands thèmes de la Révolution nationale. Les loges maçonniques sont fermées. La Fête des Mères donne lieu à des célébrations officielles à Nantes, à la salle Colbert, au Théâtre Graslin, et à la cathédrale. La nouvelle politique de la famille est soutenue par des cours de démographie. L'Église sous l'impulsion de Mgr Jean-Joseph de Villepelet soutient le régime de Vichy. La foi s'accorde fort bien à la Révolution nationale et le département, catholique et pratiquant, s'en trouve prémuni contre les excès des collaborationnistes. Le clergé et l'opinion sont massivement anticommunistes, mais pas au point de s'engager au côté de ces ultras. Vichy favorise l'école confessionnelle et prône l'enracinement dans le terroir des vieilles provinces. Si le département est rattaché non à Rennes mais à Angers (suivant ainsi l'organisation militaire allemande), la culture bretonne est à l'honneur ; l'enseignement de l'histoire de la Bretagne est autorisé dès la rentrée d'octobre 1941, et par décret du 24 décembre 1941 l'apprentissage de la langue bretonne est légal.
    L'arrestation des Juifs (484 résidants au 1er juillet 1941) provoque peu de réactions de sympathie, du fait d'un antisémitisme larvé. En dehors de petits commerces souvent fermés, l'aryanisation des entreprises concerne les Ateliers et Chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire. Les dirigeants Fould, Lévy et Sée sont écartés mais le capital est restructuré par Vichy de manière à éviter la mainmise des intérêts allemands. Les chantiers fabriquent plusieurs navires pour les Allemands, d'où leur bombardement.
    La mise en place du corporatisme remporte un succès particulier dans les milieux agricoles. L'un des principaux leaders syndicaux, Marcel Blanchard, métallo de la CGT, soutient la charte du travail, mais le dialogue entre patrons et salariés est ruiné par le STO source de tensions au sein des entreprises.

    Des bureaux d'embauche ouvrent pour envoyer de la main-d'œuvre en Allemagne (Nantes, place du Change, dès juillet 1942). Les volontaires se faisant rares, les exigences allemandes touchent en priorité les grandes entreprises de la métallurgie (ACB : 293 requis sur un effectif de 2300 ; ACL : 234 sur 1750). L'automne 1942 voit se multiplier les réactions hostiles, par exemple à la SNCASO de Bouguenais, comme à l'arsenal d'Indret où le personnel proteste contre la désignation de 150 ouvriers. De ce fait les grèves du 11 novembre expriment une motivation qui n'est pas que patriotique, et elles sont bien marquées dans la métallurgie (90 % des ouvriers chez Dubigeon en 1942, 100 % des ouvriers chez Joseph-Paris en 1943, 71 % et 86 % aux Ateliers et Chantiers de la Loire…). Sous la pression de l'occupant, le gouvernement instaure le STO le 16 février 1943; il concerne les générations de 1920 à 1922. Outre que la mesure est impopulaire, elle fonctionne mal. D'après l'enquête réalisée pour 1943 (classe 1942), sur 13 761 jeunes de Loire-inférieure ayant été convoqués et qui se sont présentés, 1 938 sont déclarés inaptes, 6 717 exemptés sur ordre du commissariat général au travail, et 4 032 refusés par les services allemands : un petit millier seulement est susceptible de partir en Allemagne. Cette même enquête montre que 2 200 jeunes ne se sont pas présentés : 1 931 étaient déjà en Allemagne au titre de la Relève ou du volontariat ; c'est donc environ 300 réfractaires que Vichy va traquer, dès mars 1943. En février 1944 (classe 43) sur  2 535 jeunes de l'agglomération nantaise il y a 946 défaillants. Le 26 avril 1944, le gauleiter Sauckel, furieux, vient à Nantes et se répand en menaces devant les patrons et les collaborationnistes réunis au Frontheim rue Gambetta. Enfin les Groupes d'Action pour la justice sociale (GAJS) vont mener d'ultimes rafles jusqu'à l'été 1944.

2. Les acteurs de la collaboration

    Les Allemands mettent en place leur domination, avec de multiples services, dont on suit l'implantation dans la géographie nantaise. La Feldkommandantur s'installe à l'hôtel d'Aulx, place Foch. La GFP, réorganisée en 1942 en Sipo-SD (Sichereitsdienst), s'installe en face, à l'hôtel Charette —pour les Nantais, c'est la "Gestapo" comme l'indique la plaque commémorative actuelle. Le SD devient plus actif fin 1943 à l'arrivée de Paul Heimann, ex-commissaire de police à Magdebourg, avec ses méthodes plus brutales, et un ramassis d'agents français recrutés jusque parmi les truands. Du côté des services secrets de l'armée (Abwehr) : l'Ast (bureau local qui dépend d'Angers) est à la fois 14 rue du roi Albert, 6 rue Sully, 3 place saint-Pierre, rue Chauvin et rue Cassini. Ces services sont dirigés par l'Oberstcolonel Georges Hertschell puis par l'Hauptmann Hans Fischer. Ils recrutent des auxiliaires français en piochant dans les réseaux collaborationnistes : tel Marcel Juino, un étudiant de l'IPO qui a rejoint le Francisme et servira aussi le SD, ou Julien Rolland jeune retraité des colonies devenu cadre de la LVF, le capitaine Henri Laurenceau, et enfin James de Junquières pour citer les plus connus. La PS (Propagandastaffel) du Sonderführer Menny, établie place Saint-Pierre, exerce son pouvoir sur la presse.

    La collaboration économique est étudiée avec le rôle des entreprises du BTP en raison de la construction du Mur de l'Atlantique. L'Organisation Todt est présente à Saint-Nazaire dès janvier 1941. Après le dynamitage des bâtiments de la Cie Transatlantique, ses ingénieurs vont bâtir un ensemble bétonné de 300 mètres de long sur 130 de large et 18 de haut. Il est créé en 1943 un Groupement nantais d'entreprises (GNE) qui répartit les commandes (un quart du montant des travaux réalisés pour les Allemands au premier semestre 1944) ; la société Grossin en est la principale "bénéficiaire", ces sociétés sont en effet menacées de réquisition au cas où elles refuseraient de collaborer. Mais c'est l'entreprise de Jean Le Guillou qui est en tête des marchés passés avec les Allemands : elle a déjà réalisé le marché de Talensac et le stade Malakoff. Le Guillou travaille pour l'Organisation Todt, pour la Luftwaffe (Château-Bougon, Dinard), pour la Kriegsmarine et il s'est associé avec Walter, une firme berlinoise du BTP dans une co-entreprise dénommée GWL. C'est le grand profiteur local de la collaboration économique : ses profits lui permettent d'acquérir cabarets parisiens, bijouteries, boutiques de haute couture, écurie de chevaux de courses avec un crack, Ali Pacha, monté par un jockey à la casaque jaune et verte. C'est l'origine des couleurs du FCN, créé le 21 avril 1943 par Jean Le Guillou avec son ami Marcel Saupin en regroupant plusieurs petits clubs. Jean Le Guillou en est président et financier. Arrêté le 9 septembre 1944, il s'exile en Suisse et revient après l'amnistie de 1951. Son entreprise a été temporairement mise sous séquestre en 1945. Il en reprend la direction et Marcel Saupin lui rend la présidence du FCN jusqu'à sa démission en 1958.
    La collaboration économique c'est aussi un énorme prélèvement opéré par les occupants. Le camp de La Gascherie à La Chapelle-sur-Erdre sert à stocker le produit du pillage, notamment les véhicules abandonnés par le corps expéditionnaire britannique, mais aussi toutes sortes de métaux récupérés pour l'Allemagne par des trafiquants protégés en cas de dénonciation ou d'arrestation par la gendarmerie française. Un phalangiste espagnol devenu négociant en fruits et légumes, Pedro Sastre, organise le détournement des produits alimentaires au profit des Allemands. De même, Émile Goulet, chef local du PPF devenu cadre du SRMAN, est aussi acheteur officiel de produits d'épicerie et crémerie pour les Allemands.
    
    Des organisations collaborationnistes, aucune ne manque. L'idéologie commune allie un anticommunisme répandu dans la majeure partie de la population à une attirance pour le nazisme qui l'est bien moins et passe par une double critique de la mollesse des autorités de Vichy et des Anglo-Saxons valets des banques et des juifs "cosmopolites". L'auteur fournit une grande quantité de citations dans le dernier chapitre du tome 2. Cet argumentaire a comme un parfum d'anti-mondialisation… Le refuge face à l'internationalisme du grand capital ou des communistes est ce que les nazis appellent "Blut und Boden" (le sang et le sol).
• Le groupe Collaboration (GC), animé par l'ex-communiste et ex-PSF Charles Martin. Il est présidé par Alphonse de Châteaubriant (Goncourt 1911 et Grand prix de l'Académie française pour La Brière en 1923). Le 23 avril 1941 sa conférence réunit 1 500 auditeurs au théâtre Graslin. Le comité d'honneur de Collaboration, constitué en 1942, comprend certaines élites : l'industriel Lefèvre-Utile, le colonel Boudot futur chef local de la Milice, René Delafoy ancien député du bloc national.
• Le MSR (Mouvement social révolutionnaire) du cagoulard Eugène Deloncle, qui décline vite, malgré l'activisme du métallo ex-communiste André Goukenleuke.
• Le RNP (Rassemblement national populaire) fondé au niveau national par Marcel Déat (qui invente ce terme : collaborationnisme) est dirigé par une femme, Lucienne Sauvaget, en 1943.
• Le parti franciste est relancé en 1941 ; ses adhérents portent l'uniforme bleu. Ils seraient 80 en 1943 pour leur congrès local. La population s'en prend souvent à eux car ils créent des incidents à Nantes et à La Baule.
• Le PPF (Parti populaire français) serait le premier groupe fascisant par ses effectifs en Loire-inférieure avec 300 militants en 1943. Jacques Doriot fit une conférence au théâtre Graslin, le 24 avril 1942. — À ne pas mélanger avec le PSF (Parti social français), la principale force de droite de Loire-inférieure avec 30 000 adhérents au début de 1940. Son fondateur, François de La Rocque est arrêté par les Allemands en février 1943 et déporté ; le PSF, déchiré entre résistance (Audibert), collaboration et attentisme, va pratiquement disparaître.
• Le PNB (Parti nationaliste breton) a été dissout en 1939. Son leader Olivier Mordrel revient dans les bagages des nazis, avant de repartir pour un exil définitif en Irlande dès la Libération. La permanence du 10 rue Voltaire s'appuie sur 300 militants (150 selon, l'historien Kristian Hamon), dont Hervé Le Boterf. Sa propagande (surtout des tracts) "amuse la population" selon le rapport des Renseignements Généraux. Il a été capable de réunir une fois 150 personnes.
• La LVF (Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme) installe sa permanence nantaise place du Pilori. La LVF est d'abord animée par James de Junquières, également actif au PPF. Le 25 juillet 1943, la kermesse de la LVF attire 2 500 personnes, soit la plus importante manifestation collaborationniste.
• L'autorisation de la Milice en zone nord le 27 janvier 1944 donne une dernière impulsion au collaborationnisme. En juin 1944 Boudot, leur chef, peut compter sur 70 recrues. La Milice, qui a prend son siège nantais 3 rue Harrouys, est mal vue des autres mouvements et son action a été limitée. L'autre milice, les GAJS, est envoyée contre les réfractaires et participe à l'assaut contre le maquis de Saffré.
    Au total, les effectifs de ces différents groupes ont pu s'approcher de 2 000 personnes dont 100 à  200 activistes. Les chiffres de diffusion de la presse, début 1943, sont explicites : à côté des 105 000 exemplaires du Phare de la Loire, et des 2 200 exemplaires de Paris-Soir, la Gerbe, organe du groupe Collaboration se hisse au 3è rang avec 670 exemplaires, et L'Heure bretonne du PNB en diffuse 435.
    
3. Résistance, Libération  et Épuration

    Les mouvements de Résistance, actifs dès 1940, chutent généralement par imprudence et infiltration. Le capitaine Honoré d'Estienne d'Orves et ses amis du réseau Nemrod  sont arrêtés dès janvier 1941, ainsi que le groupe dit des anciens combattants animé par Léon Jost. Après l'assassinat du feldkommandant Hotz, les délateurs deviennent plus actifs. Les groupes Hévin, Vandernotte, et Max Veper sont dénoncés par André Barrault qui les a infiltrés.  L'élimination des FTP se fait entre  mars 1942 et février 1943, avec la trahison de James Rogier, et suite à l'action de la police française, c'est-à-dire du SRMAN (service de répression des activités antinationales). En janvier 1943 le procès de 45 résistants communistes se solde par 37 condamnations à mort. L'année 1943 voit chuter de nombreux autres résistants : 60 membres de Libération-Nord (dont Audibert), les leaders du FN (tel Libertaire Rutigliano). Mal organisé et mal protégé, le maquis de Saffré, qui s'étendait dans le triangle Héric, Nort-sur-Erdre, Saffré, est écrasé le 28 juin 1944. Les opérations sont conduites par Georg Bruckle chef des 120 hommes du SD venus d'Angers et de Nantes avec leurs auxiliaires français. Après les combats, 27 maquisards sont passés par les armes.

    Les bombardements aériens subis par Nantes (pour la première fois le 16 septembre 1943, puis le 23) et par Saint-Nazaire (évacuation totale ordonnée le 16 mars 1943) apportent temporairement une popularité limitée d'un aspect du collaborationnisme : l'aide d'urgence aux sinistrés alias COSI (Comité ouvrier de secours immédiat). Le 16 septembre, les 200 bombes larguées sur le centre-ville de Nantes tuent 450 personnes. Le 23 septembre est pire : 1 441 morts. Déjà le 23 mars l'usine des Batignolles a été visée (33 morts) et le 4 juillet la SNCASO détruite à Château-Bougon. Les Nantais s'étaient habitués aux alertes et ne croyaient pas que le centre-ville puisse être touché, d'où le nombre élevé de victimes. Dès lors beaucoup se replient à la campagne, y compris le SD qui s'installe au château de l'Angebardière à Vertou. L'activité industrielle est réduite à néant : sur 11 487 ouvriers travaillant à Nantes avant le 16 septembre, on n'en compte plus que 2 033 après le 23 septembre. Pour ceux qui n'ont pas évacué la ville, le ravitaillement devient meilleur... mais il devient plus difficile dans le reste du département. Les bombardements continuels (encore 60 morts sur les quais de Nantes le 16 juillet 1944) provoquent une réprobation populaire jusqu'à l'arrivée des troupes alliées.
    Après les bombardements de septembre 1943 c'est la désaffection progressive pour le collaborationnisme ; une note interne du PNB demande aux militants de préparer prudemment l'après-Libération. Dès mai 1944, Hertschell, l'agent du SD prend le large et son auxiliaire français Rolland disparaît : nul n'a retrouvé sa trace. En novembre 1944, les SD et certains de leurs alliés nantais se retrouvent du côté de Mannheim, tandis qu'une quarantaine de Waffen-SS de la région nantaise se battent dans la Division Charlemagne... La période de la Libération a été marquée par une série de délits et de crimes, du fait des collabos aux abois et aussi du fait d'une Résistance contaminée d'éléments troubles. Le gangstérisme concerna surtout les villages avec des attaques de fermes. La poche de Saint-Nazaire n'ayant capitulé que le 11 mai 1945 après des combats dévastateurs, les 125 000 civils pris au piège y connurent de grosses difficultés.
    
    L'épuration légale, qui s'appuie sur une nouvelle vague de dénonciations et de lettres anonymes, est gérée depuis Angers par le Commissaire de la République Michel Debré. La cour de justice de Loire-inférieure est installée le 7 novembre. Au 1er janvier 1946, 1 548 personnes ont été internées dans le département (1 342 pour motif politique). Un bilan en mai 1947 fait état de 472 personnes passées en cour de justice dont 60 peines capitales (41 par contumace - essentiellement des personnes engagées dans la LVF et les Waffen-SS). La chambre civique a fait comparaître 1 225 personnes et prononcé 1 001 peines de dégradation nationale (171 par contumace). Les affaires classées des deux chambres étant de 521, c'est un total de 2 218 affaires que la justice de l'épuration a dû examiner en trente mois. Les 181 personnes ayant fait partie des organisations collaborationnistes passées devant la cour de justice représentent tous les groupes, depuis 29 PPF jusqu'à 3 PNB, tandis que 111 dénonciateurs de résistants furent aussi jugés. Les condamnés appartiennent à toutes les catégories socioprofessionnelles, surtout les plus modestes, avec seulement un membre de profession libérale sur l'échantillon de 400 personnes étudié par Christophe Belser. Finalement cinq exécutions capitales eurent lieu en Loire-inférieure, celles notamment de Junquières exécuté au Petit-Port le 20 janvier 1945, Barrault le 18 décembre 1945, et Montaudon le 5 mars 1946.
    La presse n'échappe pas à l'épuration. Le Sonderführer Menny avait été le vrai patron de la presse du département et, du Phare de la Loire au Courrier de Paimbœuf, chaque titre publia ce qu'il exigeait, surtout en première page. En conséquence, la société éditrice du Phare de la Loire est dissoute en 1946 et son directeur fit cinq mois de prison, tandis qu'un autre journaliste, Lucien Mignoton, plus proche encore des Allemands, est condamné à mort (puis amnistié), et que Henri de La Ferronays du Journal d'Ancenis agonise en prison.
    Par ailleurs, l'épuration économique prit parfois des allures de retour à la lutte des classes. Pour l'essentiel, le personnel de plusieurs entreprises s'en prend à des ingénieurs ou des cadres, souvent parce qu'ils avaient dû désigner des salariés pour le STO. Aux chantiers Dubigeon, on fit grève pour se débarrasser de trois ingénieurs, dont un Belge qui fut licencié. À la compagnie  des Tramways nantais, les cadres dirigeants belges furent également accusés de collaboration. La xénophobie a donc eu quelque rôle.

      Conclusion

    L'affaire des Cinquante Otages, aussi dramatique soit elle, n'est donc pas toute l'histoire nantaise entre 1940 et 1945. La Collaboration a été présente, variée, visible et autant sinon plus active que la Résistance.
    Cependant, dans sa conclusion, l'auteur estime que la collaboration, la résistance et l'épuration n'ont pas ébranlé les équilibres sociopolitiques de l'Ouest de la France, la droite conservant la direction du Conseil général jusqu'en 2004.
    J'ajoute que la bibliographie récente fournie en fin d'ouvrage indique bien le renouvellement de nos connaissances sur Nantes et sa région pendant la Seconde guerre mondiale.


Nantes. Le monument aux otages fusillés
Photo J.P.Rousseau  28.01.2006



Christophe BELSER
La Collaboration en Loire-inférieure 1940-1944 
Geste éditions, 2005.
Deux volumes, 357 pages et 25 € chacun.












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