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Delphes, vers l'époque où Caius Iulius Caesar allait franchir le Rubicon. La jeune Arieka refusait de se marier et avait même tenté de fuir la maison paternelle sur un âne. On en fit la nouvelle Pythie sur la base de quelques gestes mal interprétés qui semblaient le signe de certains pouvoirs. Son père s'est proprement débarrassé d'elle avec la complicité de Ionidès, le chef des prêtres d'Apollon.

La future pythie raconte l'émerveillement qui préside à son arrivée à Delphes et à son entrée en religion. Elle remplace bientôt une très vieille pythie puis sa remplaçante obèse. Elle découvre le luxe. Elle apprend vite à déclamer des hexamètres. La première fois qu'elle joue le rôle de sa vie, elle a l'impression que le dieu l'a violée et a déchiré sa bouche. Elle s'est mise à hurler et elle a crié « Une bouche ou une autre ! » Le titre anglais est justement “The double Tongue”.

Les années passent : le sanctuaire vit du tourisme, et pas que des Grecs : les Romains —ces barbares— viennent interroger l'oracle ; recevoir de la Pythie et du dieu l'assurance de leur puissance montante. Et toujours Ionidès est là pour proclamer les propos de l'oracle avec une fidélité quelquefois douteuse : « J'entendis alors le grand prêtre d'Apollon transmettre à la foule la réponse qu'il n'avait pas entendue et que la Pythie n'avait pas donnée. » Mais c'est toujours en se consumant que les feuilles de laurier permettent à la pythie d'entrer en transe et de connaître les réponses du dieu.

À converser avec Ionidès, il vient à Arieka des doutes sur l'existence des dieux de l'Olympe et même du dieu Apollon (que remplace en hiver Dionysos). Le déclin du sanctuaire se manifeste un jour par l'état désastreux des toits ; la bibliothèque même est menacée, surtout du côté des manuscrits latins, les grecs sont préservés... Ionidès cherche de généreux donateurs pour réparer le sanctuaire. Mais les Athéniens ne sont plus guère généreux et les touristes se font rares. Méroé, la future pythie qui se présente quand Arieka est devenue une femme âgée, n'a été convaincue de venir que par Sérapis, le nouveau dieu né en Orient, pas par Apollon ! Les Romains règnent et imposent leur paix à des cités grecques toujours rivales. Ionidès est prêt à comploter contre leur hégémonie — l'imbécile !

À lire ces huit chapitres, il est clair que le livre conçu par William Golding aurait dû être plus long. Mais seul le chapitre 4 paraît attendre des développements qui ne viendront pas. L'auteur déjà très au fait de l'antiquité s'est certainement fort documenté pour écrire “Arieka”. Visite de découverte au sanctuaire : « La salle n'était pas entièrement nue. Il y avait devant moi une ouverture dans le mur. Un trou noir. C'était donc là l'entrée de l'adyton, là où se trouvaient le trépied et le chaudron, la fissure dans le sol d'où s'exhalait le souffle oraculaire, ce souffle qui allait devenir celui de la Pythie, assise sur son trépied, elle qui se tordait et criait quand le dieu s'emparait d'elle. Telle allait être le destin de la petite Arieka que personne n'aimait. » (Page 99).

En somme, ce roman posthume n'est certainement pas le moins intéressant de l'auteur britannique disparu en 1993, sans compter que les romans d'auteurs contemporains qui se passent dans l'ancienne Grèce ne sont pas légion !

• William Golding. Arieka. Traduit par Marie-Lise Marlière. Gallimard, 2001, 220 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE