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Le roman est divisé en deux parties. Après la rencontre de marginaux dans le Paris contemporain, Jean Deichel, devenu lui-même SDF et sans-papiers, se trouve emporté dans l'insurrection des Renards pâles. La narration passera alors du « je » au « nous ».

Rejetant l'idée de travailler pour payer son loyer, Deichel se retrouve installé dans un break Renault stationnée rue de Chine dans le XXe arrondissement de Paris, un soir d'élection, avec pour toute lecture En attendant Godot. Il passe ses journées à fréquenter piscines, bars et bibliothèques. Ainsi rencontre-t-il des artistes assoiffés d'avant-garde et d'alcool, Ferrandi qui photographie les caméras de surveillance, Zoé qui filme les tas d'ordures, tandis que Myriam, et Anna dite « la reine de Pologne », lui offrent leur corps. Deux éboueurs maliens, Issa et Kouré, le réveillent le matin à l'heure des poubelles et deviennent presque ses amis. Ils vont trouver la mort au début de l'intrusion et du déferlement des Renards pâles dans la ville.

Au fil de ses errances urbaines, les murs de la ville avaient imposé à l'esprit de Jean Deichel des slogans d'inspiration révolutionnaire et une figure, reconnue comme étant le Renard pâle, masque provenant de la culture des Dogons. L'insurrection qui commence avec trente personnes en regroupe bientôt des milliers venus de toute la région de la capitale, et ne tarde pas à faire de la place de la Concorde une nouvelle place de la Révolution. On comprend bien ce que l'auteur aurait voulu faire : une sorte de synthèse, grand roman de toutes les contestations anticapitalistes. L'inventaire commence avec les souvenirs de la Commune de Paris de 1871 quand Anna lit l'essai de Marx sur La guerre civile en France et emmène Deichel sur la tombe de son ancêtre Wrobleski, un chef militaire de ladite Commune. Il continue pêle-mêle avec les oppositions au G8, la solidarité avec les immigrés sans-papiers, ou le pillage des boutiques de luxe de la place Vendôme. Des actions des Anonymous et des Indignés l'auteur a retenu essentiellement l'importance des masques. Hélas, cette tentative quoique bien rédigée, ne suffit pas réellement à créer un roman politique, ni même un roman tout court et reste un pot-pourri. Après avoir brûlé leurs papiers d'identité en parcourant la rue de Rivoli, rien n'indique en quoi consiste pour les acteurs masqués « l'utopie d'un monde débarrassé de l'identité ». Le livre se termine par la trop facile mention d'une « espérance » ; mais qu'est-ce donc qu'espérait Jean Deichel ? Et puis ? — Rien. À moins qu'il ne se fasse éboueur pour remplacer Issa et Kouré...

On referme, frustré, ce roman bancal dont s'échappe comme un sentiment d'inachevé. (Pour une recension vraiment incendiaire, cliquer ici.)

Yannick Haenel. Les Renards pâles. Gallimard, 2013, 174 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE