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   Autant on aime à faire partager des livres enrichissants, autant on reste dépité à la lecture de celui-ci, et dubitatif quant à son éditeur varois, Sudarènes. À vingt-cinq ans N. Bouvier (aucun rapport avec l'auteur de L'Usage du monde son illustre homonyme) a déjà publié plusieurs ouvrages et affiche son engagement dans la lutte contre le harcèlement scolaire. « La loi du silence » semblait y faire référence. Or, l’auteur déclare dans les dernières pages avoir choisi « un titre qui dit tout sans rien expliquer » ! au lecteur de plancher ! N. Bouvier entend à la fois « démonter l’omerta » autour des élèves harcelés, mais aussi des professeurs victimes du harcèlement des élèves, de leurs parents, du proviseur et de tout le système de l’Education Nationale.
   Il se garde de vouloir « chercher à provoquer les institutions » et s’érige en « lanceur d’alerte » grâce à une fiction d’anticipation : Jérôme Marchand, son personnage, débute en 2020 comme professeur de Français dans le lycée où lui-même a été harcelé jadis.
   N. Bouvier entend polémiquer pour « réveiller ». Sauf que, n’ayant guère fourbi d’argumentaire solide, il assène par généralisation hâtive des jugements à l’emporte-pièce, sans parler de cette atmosphère de thriller qu’il a cru bon d’ajouter et qui mène à l’invraisemblable fin du roman. On peut aussi s’interroger sur l’éditeur au vu des nombreuses fautes d’accord, de conjugaison et de syntaxe... On relèvera aussi la confusion, page 95 entre septembre et décembre ; et cette phrase incorrecte, page 125 : « le ministère reste  dans l’enfermement, aveuglé par un discours DONT il ne croit pas lui-même »...
   En 2020 rien n’aura changé, donc, dans l’enseignement si chacun continue de subir « la loi du silence ». Bon. Que faire ?
   Le propos n’est pas faux mais caricatural et le registre déploratoire excessif. Le jeune J. Marchand maîtrise mal l’informatique, porte costard et cravate, entend imposer des dictées (qui auraient été supprimées en 2017) à des élèves de Seconde et de Terminale L, et distribue moult colles aux récalcitrants ! Notons au passage que la dictée a été supprimée en... 1945 ! Rires dans les classes devant ce « has been » tonitruant face aux ordinateurs de ses élèves, ou à l’absence de cahiers et de crayons... Bien des spécialistes de l’éducation ont déjà dénoncé le poids de l'institution qui laisse peu de liberté de manoeuvre aux enseignants. Ce roman aurait pu être une fable drôlatique sans l’excès du personnage ; tout le choque dans cette « société mortifère où il n’y a plus de considération pour l’homme »... On sort les mouchoirs... Que le dictionnaire de l’Académie Française entérine des termes venus du verlan et du rap le scandalise, alors que toute langue vivante se nourrit et s’enrichit de ces créations à la marge.
   Enfin, J. Marchand, lui-même harcelé autrefois à l’école, ne s’aperçoit pas que sa fille de six ans est victime de la même maltraitance. Il y avait là une situation qu’il aurait été utile d’aider à comprendre.
   On applaudit lorsque N. Bouvier écrit que « Nier la lecture c’est ouvrir la porte à l’obscurantisme, à l’ignorance et au déni de la réalité », toutefois on regrette son exagération là encore, lorsqu’il prétend que plus aucun élève ne lit — sur e-book ou sur papier — N. Bouvier ignore-t-il que beaucoup savent fort bien user, sur écran, du langage des SMS truffé de fautes et du français moyen passable sur une copie ?
   L’auteur veut faire changer les méthodes et les habitudes dans l’enseignement, « redonner le pouvoir aux enseignants et l’autorité aux parents sur leurs enfants ».
   Hélas, c’est devenu une antienne ! Si au moins N. Bouvier avait joué sur le comique de son grotesque hussard de la République, on n’aurait rien appris mais on aurait passé un bon moment !
 
   • Nicolas Bouvier. La Loi du silence. Sudarènes éditions. 2016, 169 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE, #EDUCATION