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Il n'est pas surprenant que le burn-out interpelle un philosophe comme Pascal Chabot car ce profond malaise remet en question le sens que l'homme donne à sa vie. Ce n'est Chabot--global-burn-out.jpegpas une maladie propre à certains individus mais une pathologie de la civilisation postmoderne, un trouble de la relation de l'homme à la société. Se référant à de nombreux ouvrages illustratifs du burn-out, P. Chabot en expose les symptômes et les causes. Néanmoins, aussi invasive et destructrice soit-elle, on peut renaître après cette épreuve.

Épuisement, anxiété, sentiment de dépersonnalisation, d'incompétence et d'inutilité, le burn-out, à la différence de la dépression, ne concerne que le contexte de vie socioprofessionnelle. Il frappe cadres, ouvriers ou enseignants, tous très investis dans leur travail, véritable addiction où ils s'oublient eux-mêmes : travailler donne sens à leur vie, leur épanouissement personnel dépend de leur réussite car la société, croient-ils, a besoin d'eux. À toutes époques la passion de leur travail a enflammé des hommes sans induire pour autant de burn-out ; mais aujourd'hui, cet excès d'ardeur, ce feu se retourne contre eux et les détruit. Ne voyant plus les bienfaits de leurs efforts, le doute les envahit comme autrefois l'acédie s'emparait des moines : c'est la même "crise de foi" selon l'auteur.

En cause, la société technico-capitaliste chronophage, où seules comptent l'accélération des cadences et la maximisation des rendements. En tous domaines "plus d'objets, plus d'argent (…) plus de divertissements". Cette société de l'excès asservit l'homme. On exige de lui toujours plus d'adaptation, de perfectionnisme, non pour se réaliser lui-même mais pour améliorer encore le fonctionnement de ce système "froid": "flexibilité, connectivité, réactivité" sont les nouvelles valeurs. L'humanisme s'épuise car les logiques techniques et économiques ne visent plus que le progrès matériel et non le "progrès subtil", celui de la réalisation de soi. Non seulement leur travail n'a plus de finalité pour beaucoup d'actifs aujourd'hui, mais ils n'en retirent souvent ni considération ni reconnaissance pour eux-mêmes : l'invisible hiérarchie les réduit à d'efficaces rouages.

Le burn-out, c'est le trouble du "trop", non seulement pour les travailleurs mais aussi pour les consommateurs "saturés d'abondance, (…) saoulés de télévision"... "achetant des choses dont ils n'ont pas besoin afin d'épater des gens qu'ils n'aiment pas". Ainsi privé de toute vie intérieure, l'homme ne donne plus sens à sa propre présence au monde. Il est néanmoins possible de se reconstruire après un burn-out, véritable épreuve cathartique selon Graham Greene, créateur du concept : en décidant d'échapper aux normes de performance et de rentabilité, en s'inventant un autre chemin, l'homme peut alors redonner "un sens et une valeur" à son travail, comme le raconte Matthew Crawford dans "l'éloge du carburateur".

• Pascal CHABOT - Global burn-out. - PUF, 2013, 145 pages.

 

Tag(s) : #ESSAIS, #SCIENCES SOCIALES
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