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Un fait divers très politique sert de base à l'intrigue. Dans la nuit du 19 au 20 février 1973, à Port-Joinville, île d'Yeu, on a volé le cercueil du maréchal Pétain. Décédé en 1951, le Laclavetine-Nous-voila.jpgmaréchal conserve de vaillants fidèles dans les rangs de l'extrême-droite et parmi les vétérans de la Grande Guerre. Ils se demandent pourquoi le maréchal ne reposerait pas au milieu de leurs camarades de combat, à Douaumont. D'où le titre repris de l'hymne de Vichy : "Maréchal, nous voilà". À l'époque le cercueil du maréchal avait été retrouvé à Saint-Ouen — c'est-à-dire aux puces — et de là directement ramené à l'île d'Yeu.

• Sur cette base historique, le facétieux Jean-Marie Laclavetine a inventé une réjouissante histoire avec des côtés rocambolesques. Comme dans la vraie vie, ça commence avec le vol du cercueil par un commando aux ordres d'un célèbre Avocat. On reconnaît bien sûr Jean-Louis Tixier Vignancourt (1907-1989) qui s'était porté candidat à l'élection présidentielle de 1965 après avoir été député du Rassemblement National en 1956, et auparavant secrétaire général adjoint à l'information de Pétain en 1940-1941, et plus anciennement député du PPF depuis 1936.

• Arrivée en région parisienne, l'expédition des "fachos" entre dans la fiction : une seconde équipe doit prendre le chemin de Verdun, mais dès la traversée de Paris la camionnette se trouve bloquée dans la manifestation des paysans du Larzac soutenus par leurs moutons ; les gauchistes rameutés sautent sur l'occasion d'en découdre avec CRS et "fachos". En valeureux anarchiste, Salvador, s'empare de l'estafette et planque le cercueil — qu'il a eu la stupéfaction de découvrir à l'intérieur — dans une cave du quartier, avec la complicité d'un cafetier et de son ami Paul Destrem, étudiant et dilettante. Celui-ci fréquente les maoïstes de Paris pour les beaux yeux de Lena dont le prénom ne doit rien au fleuve de Sibérie dont Oulianov prit le nom ! Commence alors l'autre fil conducteur du roman : l'histoire très mouvementée du couple que forment Paul et Lena. Un couple en pointillé plutôt. Tandis que Paul survit comme garde-barrière à mi-temps, en écoutant « Phallus Dei d'Amon Düül sur une cassette avariée » Lena se lance dans tous les mouvements contestataires de l'époque, y compris au Larzac. Il en résulte un voyage du maréchal sur le causse et sa longue planque dans le cimetière d'un village aveyronnais !

• Naturellement, la disparition du maréchal — sa "permission" comme aurait dit l'Avocat — étant découverte, ses supporters se lancèrent à sa recherche. D'où une autre facette du roman : un polar avec barbouzes, serrures forcées, fouilles illégales et passages à tabac. En vain ou trop tard. Et les années passent : Samuel, le fils de Paul et de Lena, a grandi, il est devenu archéologue, Lena a cessé de courir après la révolution à travers l'Europe, Salvador est rentré d'Islande sans la beauté boréale qu'il y avait suivi. Le hasard d'une fête remet en présence les acteurs des différents bords et c'est reparti pour un dernier round. Mais là : motus.

D'un bout à l'autre de son roman, Jean-Marie Laclavetine se délecte à nous présenter les travers de ses personnages et des milieux où ils évoluent. Pour être juste, c'est surtout la société post-soixante-huitarde qui fait les frais de son ironie, et particulièrement les maoïstes : ainsi de Florence, l'amie de Lena, « chose à peine croyable : ancienne maoïste, elle se montrait, l'âge venant, douée d'une sorte d'humour.» Paul, de son côté, est un modèle de résistance au Système : il rejette le salariat — jusqu'au moment où il devient gardien à l'Arc de Triomphe où comme chacun sait repose un autre poilu... L'auteur se moque des lectures soporifiques des amis de Paul et Lena — Marx, Marcuse et Althusser étaient à la mode — comme des comportements et des mœurs de l'époque. L'affaire est absolument jubilatoire. Faites attention à ne pas rater vos rendez-vous à cause de ce livre !

Jean-Marie LACLAVETINE  :  Nous voilà. 

Gallimard, 2009 et Folio, 2010, 391 pages.

Retour au fait divers de 1973. Les détails en avaient été dévoilés par un membre du mystérieux commando, Michel Dumas, dans un livre paru chez Albin Michel en 2004 sous le titre "La permission du maréchal". D'autre part, juste après le roman de Jean-Marie Laclavetine, en juin 2009, Larousse a publié un essai historique de Jean-Yves Le Naour : "On a volé le Maréchal !" où comment une commando conduit par Hubert Massol, chef d'une association pétainiste, a enlevé le cercueil avec l'intention de lui obtenir une place à Douaumont au milieu des poilus tombés à Verdun.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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