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Ce roman assez original, "La lumière du détroit", se déroule dans un port d'Hokkaido, Hakodate, que des ferries franchissant le détroit de Tsugaru relient à Aomori, port du Nord de Honshu. Saitô a travaillé plusieurs années sur un de ces ferries. Puis la construction du tunnel sous le détroit l'a décidé à se reconvertir sans attendre que les ferries soient supprimés : il est devenu gardien de prison à Hakodaté où il vit depuis son enfance, fils d'un modeste pêcheur victime d'une tempête en mer. 

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Le centre de l'intrigue est le regard que porte le maton sur un prisonnier. Dans sa nouvelle vie, il retrouve Osamu Hanai : condamné à plusieurs années de prison pour une agression sur son lieu de travail, ce condamné n'est autre que son vieil ennemi du temps de l'école primaire. Humilié par Hanai qui avait retourné toute la classe contre lui, Saitô reste obsédé par ce passé. Alors que Hanai donne l'impression d'être devenu un prisonnier calme et appliqué au cours de navigation que la prison organise, en préparation de la réinsertion de ses pensionnaires, Saitô n'y voit que subterfuge et hypocrisie. Aussi s'efforce-t-il de le surveiller sans relâche, en attendant que le prisonnier révèle sa nature mauvaise. Quels indices recueille-t-il ?

Au cours d'une visite de sa mère au parloir de la prison, Hanai s'exprime comme s'il avait lu Sartre : « Dis maman, comprends-tu la liberté que cela peut procurer de vivre complètement en dehors de la société ordinaire ?» Les matons, témoins de la scène, peuvent évidemment s'interroger sur leur prisonnier. « Il s'était mis ensuite à réciter à voix basse les cinq préceptes de conduite que les détenus devaient entonner chaque matin avant la classe d'entraînement naval : "Obéir, le cœur plein de sincérité. Demander pardon, le cœur plein de repentir. Exprimer sa reconnaissance, le cœur plein d'humilité. Rendre service, le cœur plein de bonne volonté. Remercier, le cœur plein de gratitude..." Je récite cela tous les matins avec les autres, comme une prière au Bouddha, une étrange formule magique qui a le don d'apaiser mon esprit…» De tels propos ne manquent pas de pousser Saitô à le considérer comme un hypocrite. Saitô vit pour le guetter, le démasquer et se venger des humiliations subies autrefois devant ses camarades. Le suspense bat son plein quand on envisage une remise de peine pour bonne conduite, ou une amnistie à la mort de l'empereur en 1989.

Par ailleurs le thème du suicide parcourt ce livre. Saitô était de service sur son ferry quand Kimiko une camarade de lycée s'est jetée dans les eaux du détroit. Plus récemment, un ancien détenu lui a fait rencontrer Shizu, une entraîneuse d'un bar où il travaille : il remarque la cicatrice qu'elle a au poignet. Quant à la conduite de Hanai n'est-elle pas aussi un refus de vivre ? La description d'Hakodate n'incite d'ailleurs pas à la joie : « les rangées de vieilles bâtisses évoquaient une capitale du bloc communiste sur laquelle régnerait la loi martiale ».

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L'auteur, né à Tokyo en 1947, est connu en France pour avoir reçu le prix Fémina étranger en 1997 pour "Le Bouddha blanc".

Hitonari TSUJI : La lumière du détroit. Traduit par Corinne Atlan. Mercure de France, 2001, 141 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE JAPON
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