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C'est une histoire de fous. Au propre. Comme au figuré. Un personnage «  cherche à coudre ensemble les phrases de la ville afin que la cité offre un discours homogène…» La principale figure féminine, Mylia, est schizophrène. Après l'avoir épousée, le docteur Theodor Busbeck a dû la faire interner à l'hôpital psychiatrique du docteur Gomperz où « l'anniversaire des malades était utilisé comme une arme de pacification» en complément des revues porno.Tavares-Jerusalem.png

Mylia tombe amoureuse d'un autre schizophrène, Ernst, qui lui fait l'amour : « devant d'autres malades » croit intelligent de préciser le directeur. Les amants sont séparés. L'enfant qui naît leur est retiré pour être confié à Busbeck. Le jeune Kaas est handicapé : il boite et son langage aussi est hésitant. Busbeck ayant divorcé fréquente des prostituées de bas étage, moins pour oublier Mylia que pour compenser ses stupides recherches dont la publication lui fait perdre sa réputation de savant. Des années plus tard, Mylia quitte l'asile mais n'est pas tirée d'affaire pour autant. Elle recherche son fils et son amant. La maladie dont elle souffre semble la condamner à brève échéance. Sans doute est-ce pour cela qu'elle endosse le meurtre d'un rôdeur à la place d'Ernst qui prend la fuite. Mais le hasard fait "bien" les choses : ce rôdeur était un meurtrier. Or la justice l'ignore ; après l'asile elle est bonne pour la prison.

De Jérusalem, on n'a gardé qu'un mot de Mylia dans cette incantation: « Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche.» En fait, c'est le récit qui est desséché : peu d'adjectifs, peu de descriptions, peu d'analyses psychologiques. L'écriture froide, impersonnelle, — que j'ai trouvée irritante assez souvent — ne détaille ni le temps ni le lieu du récit même si les personnages portent des noms d'allure vaguement germanique. De l'étude de la souffrance dans l'Histoire à laquelle se livre Busbeck on en déduit simplement que le génocide juif appartient au passé. D'ailleurs, un autre passage évoque « le survivant d'un camp de concentration » et enfin Busbeck cite un ouvrage d'Hannah Arendt où il est question de « six millions d'êtres humains entraînés vers la mort.» On peut donc avancer l'hypothèse d'un roman sur le génocide. Dans ses recherches, le savant fou cherche à faire les comptes des souffrances des peuples d'un siècle à l'autre pour faire la prévision des horreurs à venir. Le mal est selon lui « le vrai moteur de l'Histoire.» Les bourreaux peuvent se transformer en victimes et les victimes en bourreaux. Certains risquent de voir une allusion à Israël qui après avoir servi de refuge aux survivants de l'holocauste deviendrait le "bourreau" de ses voisins ? Je ne suis pas sûr que ce soit l'intention de l'auteur. En somme on peut douter qu'il y ait un « discours homogène » dans ce roman plus prétentieux que passionnant.

• Gonçalo M. TAVARES. "Jérusalem". Traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik. Viviane Hamy, 2008, 262 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE PORTUGAISE, #PORTUGAL
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