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Il y eut la tablette d'argile, le rouleau (volumen) de parchemin, le papyrus, le cahier (codex) de parchemin (ou velin) puis de papier — ce que l'on appelle encore des "livres". Chaque support survit un temps à la rupture technique et se prolonge éventuellement, comme laBon-Apres-le-livre.jpeg Torah, à la manière des rouleaux antiques. Avec "Après le livre" François Bon montre les conséquences de l'actuelle révolution numérique : le livre devient fichier pdf ou epub sur une liseuse, ou un smartphone, s'accumule en bibliothèque stockée sur le disque dur du portable, de l'ordinateur de bureau ou d'un lointain hangar d'une ferme de serveurs. Et qu'est-ce que cela change ? À la lecture, à l'écriture ? La réflexion de François Bon ne se réduit pas à constater le transfert progressif de la « lecture dense » sur les tablettes, ni à prophétiser la mort du Livre après l'annonce de la mort de Dieu par Nietzsche. Son essai cherche bien sûr à nous convaincre de la nécessaire dissociation de l'œuvre et du support ; il entreprend aussi de nous interroger sur les conséquences de l'utilisation des sites Internet, des blogs, de Facebook et de Twitter. Il faut tourner la page sans se plaindre, même si l'auteur en arrive à regretter que les commentaires sur ses textes aient tendance à s'échapper des sites qu'il administre pour migrer vers les réseaux sociaux et s'y évaporer au bout de quelques heures.

Ceci n'est pas tout à fait inédit : différents auteurs ont vécu cette situation intermédiaire. L'auteur revient ainsi sur Rabelais au début de la diffusion du livre imprimé, sur Balzac au début de la grande presse bon marché créant le feuilleton comme genre littéraire, ou le même Balzac s'ingéniant à publier des livraisons trimestrielles pour des abonnés. Il relativise le concept même de livre en rappelant combien de titres célèbres ont connu des versions successives — ainsi "les Fleurs du Mal"— car rares sont les œuvres nées tout d'une pièce et d'un plan immuable. Telle œuvre a connu une genèse sous forme de brouillons que l'on a conservés ou non. Aujourd'hui le Web peut garder trace d'écritures partielles, successives, d'une œuvre, sinon l'utilisation de l'ordinateur par les écrivains risque d'amener la disparition de ces textes révélant les étapes d'une création. Un blog d'écrivain, par exemple, pourra garder cette trace, ces ébauches successives. Mais nombreux encore sont les « écrivains imperturbables » qui ne jurent que par leur stylo et ignorent avec superbe le cambouis de la nouvelle technologie. Du moins c'est ce que prétend François Bon, en technophile amateur de nouveautés, dans cet essai à l'écriture très personnelle à se demander si les particularités de son écriture (pas toujours limpide) sont ou non un effet de cette passion pour les nouveaux outils d'écriture et de lecture. Sauf erreur de ma part, il ne me semble pas qu'ait été abordé dans cet essai original l'explosion du marché des "audiolivres", une rupture notable pourtant avec l'édition-papier. Un essai indispensable pour qui s'intéresse à l'évolution de l'écriture et de la lecture de manière utilitariste plutôt qu'à la littérature proprement dite.

François Bon - Après le livre. Seuil, 2012, 274 pages.

Site internet de l'auteur : <www.tierslivre.net>

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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