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C'est un bon garçon, Basilio ; sensible mais timide, il n'a guère confiance en son talent. Il aime observer les hérons cendrés de la Mundara et tente de les peindre… En ce mois d'avril 1937 le jeune autodidacte parvient à apprivoiser le héron du pont de Renteria et s'applique à réussir son tableau pour Celestina, son secret amour… Soudain trois avions Heinkel larguent leurs bombes : Basilio se précipite dans la ville, abandonnant son matériel…

Les phrases simples, brèves, le style naïf donnent une impression de légèreté : l'écrivain effleure la tragédie comme le peintre la toile. En fait, autodidacte anonyme ou Picasso, tous deux témoignent à leur manière de la guerre.

Entre marais et roselière, Basilio admire l'échassier, son plumage gris, son cou si blanc, son élégance hiératique. Sur la toile il essaie « d'éroder les lignes trop nettes, de barbouiller l'évidence du réel »; « juste quelques traits » donnent « un effet de plumes ». Car « le héron peint est différent du héron que l'on voit ».

Et quand le père Eusebio lui demande de prendre des photos de la ville bombardée pour « témoigner du massacre », Basilio s'insurge : avec son cadrage limité, la photo des avions ne peut restituer la tragédie comme un bicyclette abandonnée à terre… L'art doit exprimer « le vivant invisible », ce qui « palpite, ce qu'on éprouve ». Quand Bolin le poète lui apprend la mort de Celestina, le peintre, insensible aux appels des blessés, retourne à la roselière : le héron est là, « une béance incarnate à la jonction de l'aile et du corps », tandis « qu'à la surface de l'eau, son sang dessine des arabesques ». Basilio le récupère, y trempe son pinceau et achève son tableau. Le héron est devenu réel, vivant le matin, mort le soir, comme Celestina, comme tous ces hommes massacrés... Basilio aura la chance de contempler à Paris le "Guernica" de Picasso et éprouvera « une brûlure à la nuque ». Pourtant, le célèbre artiste n'a pas assisté, lui, au massacre... et sa représentation bouleverse.

L'artiste porte témoignage de la guerre par empathie; à l'inverse du journaliste-reporter, il sait que « l'essentiel est invisible pour les yeux ». A. Choplin incite à y réfléchir.

Antoine Choplin, Le héron de Guernica, Editions du Rouergue, 2011, 158 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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