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Quelle pièce de théâtre ! Longtemps jugée injouable vu les lieux et la foule requise ! Ces cinq actes brefs nous font visiter le Ciel et l’Enfer, et la cour du pape Alexandre VI en 1495. Mais de quoi s’agit-il ?
Sur son « Saint Trône branlant », au milieu d’anges attentionnés, un vieillard épuisé, à la tenue négligée, autrement dit Dieu le Père, donne audience à un messager venu avertir de l’insupportable accumulation de vices et de péchés de chair sur Terre, tant à Naples qu’à Rome. Dans Naples assiégée par l’armée de Charles VIII, la « frénésie sexuelle » s’est emparée des habitants. « Les femmes, le sein nu, courent lubriques, à travers les rues ; les hommes brûlent d’une ardeur de bouc ». « Tous les liens de la décence sont relâchés » , également, à la cour du pape Alexandre né Borgia. Leurs serviteurs s’étant retirés, Dieu le Père, Marie — et Jésus bien fatigué — contemplent la scène scandaleuse (Acte I).
Entourés de courtisanes, et regrettant au passage l’absence de la Pignaccia, le Pape assiste à la messe de Pâques en présence de sa Cour et de son fils César qui vient de faire assassiner le mari de Lucrèce pour le remplacer par un prince Farnèse. Le rituel latin est enrichi par le spectacle de Polichinelle et de Colombine avant que des lutteurs nus ne viennent combattre pour le prix d’une courtisane, le tout au milieu des chants d’église. L’approche de l’armée de Charles VIII créant la panique, le Pape se réfugie avec les siens à Orvieto. (Acte II).
Dans un spectacle à la fois grotesque, baroque et sublime, le Concile d’amour se réunit au Ciel après que Dieu le Père a bien failli supprimer rageusement l’humanité à cause de ses vices et de ses péchés. Le Diable est convoqué. « Voyons, voyons, mon ami, tu dois pouvoir fabriquer une chose capable d’empoisonner l’humanité sans la faire périr irrémédiablement ! C’est que Nous désirons la racheter par la suite, n’est-ce pas, mon Fils ? » lance Dieu le Père en se tournant vers Jésus (et vers Marie). Le Diable est un personnage sombre mais très… humain, avec ses faiblesses — il boite depuis la Chute — et ses espoirs de récompense. Il convient que sa mission est compliquée mais qu’il peut inventer « quelque chose d’ignoble, de charmant et de vénéneux à la fois ». On le suit alors en Enfer où il s’efforce de trouver chez les Damnées celle qu’il utilisera pour engendrer la Femme fatale. Hélène, Phryné, Agrippine, Héloïse sont envisagées. C’est Salomé qui tiendra le rôle. On l’entend pousser un cri strident en disparaissant avec lui… (Actes III).
Tout fier de son œuvre, le Diable remonte pour présenter la beauté fatale à Marie et expliquer sa diablerie. Elle approuve mais interdit à Jésus de s’approcher… Le Diable est sèchement remercié — « Mon ami, tu penses trop, tu penses beaucoup trop » — et mis à la porte. (Acte IV).
Retour à Rome. À la fin de la messe, la Femme fatale est présentée au Pape. Le lendemain, le Diable l’attend pour la conduire chez les cardinaux, puis chez les neveux du Pape, puis chez les évêques, et le reste de la racaille humaine. « Au trot ! Et tâche de respecter la Hiérarchie ! » (Acte V).
Médecin d’un asile d’aliénés et finalement interné, Oscar Panizza est cet écrivain fou qui a voulu célébrer le 400ème anniversaire de la syphilis, également connue sous le nom de vérole et de mal de Naples. Accusé de blasphème en 1895 il fut envoyé en prison un an durant par une justice bavaroise incapable de sourire face à cet athée qui se moquait de la Vierge Marie… et détestait Guillaume II. Les exemplaires de la pièce furent saisis. Dans cette édition, le texte du Concile d’amour est accompagné de la brillante défense littéraire que l’auteur adressa aux Jurés et d’un texte autobiographique dans lequel il se présente comme un malade mental fils d’un catholique bigot et rejeton d’une famille « lourdement marquée par l’hérédité ».
• Oscar Panizza : Le Concile d'Amour. – Traduit de l’allemand par Jean Bréjoux, préface d’André Breton. Jean-Jacques Pauvert, coll. « Libertés » (n° 13, 1964, 182 p.). [Das Liebeskonzil, Zurich, 1895).
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