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Curieux roman, souvent cité, né dans le contexte d’un surréalisme dissident, le Bleu du ciel s’en inspire d’abord par son apparence formelle bancale — et signe d’une genèse mouvementée — puisque l’essentiel du texte tient dans une deuxième partie, la première n’ayant compté que deux pages après une assez longue introduction. Et dans cette deuxième partie, le Bleu du ciel est justement le titre de l’un des cinq chapitres…
Écrit à la première personne, d’un style vif, le roman suit deux saisons des aventures d’Henri Troppmann, resté à Paris durant l’été tandis que son épouse séjourne en Angleterre. Le narrateur est un riche désœuvré, buveur d’abondance et coureur de jupons, qui ne s’embarrasse pas de la morale bourgeoise. Le voici donc entiché de la belle Dorothea, salement surnommée Dirty, avec qui il se saoule à vomir dans un hôtel chic. Dirty l’abandonnera bientôt lors de leur séjour à Vienne, puis, malade, prendra néanmoins l’avion à Marseille pour le retrouver à Barcelone en pleine grève générale. Il l’accompagnera ensuite en Allemagne, son pays, juste assez pour s’effrayer des nazis, une fanfare d’Hitlerjugend lui laissant le dégoût amer d’une catastrophe à venir, après avoir fait l’amour avec Dirty dans la boue d’un cimetière illuminé pour la Toussaint.
Entre temps on aura vu Henri en compagnie de Lazare, jeune juive triste et peut-être révolutionnaire comme son beau-père prof de philo, et aussi de Xénie qu’il ose inviter à subir ses obscénités dans sa chambre de vrai-faux malade avant de partir vers le ciel bleu de la Catalogne. Lazare, Xénie et Dirty débarquant en même temps, c’en sera trop pour le pauvre Henri au bord de la crise de nerf… Mais c’est son ami Michel qui trouvera la mort durant l’insurrection anarchiste et catalane, une actualité sombre de 1932 ou 1933. La révolution est aussi présente dans le rêve d'un musée russe qui lui est consacré, songe qui s'achève dans son explosion fatale.
Une écriture rapide caractérise aussi ce petit livre pressé qui s’est voulu scandaleux et que Bataille avait écrit en 1935, mais qu’il ne chercha pas à publier à ce moment, peut-être accaparé par le bouillonnement politique du temps du Front Populaire, et projetant aussi un essai sur le fascisme en France. La première édition du Bleu du ciel — dédié à André Masson — survint seulement en 1957, chez l’éditeur audacieux qu’était Jean-Jacques Pauvert.
• Georges Bataille : Le Bleu du ciel. – Gallimard, coll. L’Imaginaire, 1991, 220 pages.
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