Le film d’Antonin Baudry n’est pas une nouvelle biographie du général De Gaulle. C’est à la fois beaucoup moins et beaucoup plus. Moins parce que tout commence en mai-juin 1940, sans flash back. Plus, parce que dans cette première partie — intitulée L’Âge de fer — on voit De Gaulle batailler pour tenter de faire exister la « France Libre » face aux événements contraires, face à Churchill qui à la fois le recueille à Londres tout en étant prêt à l’abandonner sur les conseils de ses ministres et de Roosevelt dont il a besoin pour continuer de résister aux armées de l’Axe.
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Churchill et ses ministres peu francophiles
Alors que Pétain signe la capitulation de la France, et tord le cou de la République, Charles De Gaulle paraît quasiment seul contre tous et prêt à l’impossible. Après un bref exploit militaire (Montcornet), l’avion du général Spears le conduit à Londres où la presse lui apprend que Pétain l’a dégradé et condamné à mort comme déserteur et traitre. De Gaulle arrive les mains vides, en leader autoproclamé, sans mission, sans réseau. Il n’existe d’abord que par le studio de la BBC où il lance ses appels aux Français. Son pari audacieux séduit Churchill, sans doute parce celui-ci dans le passé a déjà tenté des coups de poker (les chars en 1916), ne les a certes pas toujours réussis (Dardanelles, 1915), mais en tant que Premier ministre d’un pays désormais seul à affronter le III°Reich — entre août 1939 et juin 1941 — il aimerait trouver du soutien. Or De Gaulle a-t-il autre chose à lui apporter que sa conviction inébranlable ?
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Un des scènes où le duo est spectaculaire
Le film, plutôt que de tout raconter, se concentre sur les moments les plus critiques et délicats, quand le sort de la France Libre ne tient qu’à un fil dans un contexte généralement défavorable. L’attaque britannique de juillet 1940 contre la flotte française stationnée à Mers-el-Kébir est un premier coup dur, vite suivi de l’échec de la tentative visant à prendre le contrôle de Dakar, une position hautement stratégique. Un succès pour la France Libre comme la prise de contrôle de Saint-Pierre et Miquelon par l’amiral Muselier est même gênante pour Churchill qui recherche à ce moment l’aide des États-Unis et entame la longue irritation de Roosevelt envers De Gaulle.
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De Gaulle dans le désert africain en attendant sa «traversée du désert» des années 50
Comme les Anglais sont en difficultés face à l’Afrika Korps dans le désert de Libye, la résistance héroïque des Français Libres à Bir Hakeim est à la fois un bon point pour De Gaulle et saluée par Churchill dont les troupes basées en Égypte pourront poursuivre la “guerre du désert”. Or, à la stupéfaction de De Gaulle, les Anglo-Américains parient sur Darlan — officiellement numéro 2 du régime de Vichy mais jugé susceptible de virer de bord, — quand ils débarquent à Alger en novembre 1942. L’amiral Darlan, bien que l’homme de Pétain, est pour eux l’homme qui ralliera toute une armée française d’Afrique pour continuer la guerre en Méditerranée. De Gaulle est alors quasiment sur la touche.
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L'amiral Darlan (Mathieu Kassovits) homme de Vichy et des Américains
Le 24 décembre 1942, coup de théâtre : un jeune homme de vingt ans dont on suit depuis le début les convictions résistantes exécute l’amiral Darlan, c’est Ferdinand Bonnier de La Chapelle. Dès lors, De Gaulle peut espérer reprendre sa marche en avant, d’autant qu’il a peu auparavant confié à Jean Moulin la mission d’organiser la résistance en France métropolitaine désormais entièrement occupée.
La réalisation multiplie les scènes graves et haletantes, mais aussi ironiques voire amèrement comiques. La façon rocambolesque dont les hommes de De Gaulle s’emparent de l’AEF en 1940-41 est l’une de ces séquences pleines d’ironie qui culmine quand le général, les pieds dans l’eau suite à la panne de son hydravion contemple un éléphant, autre géant sans doute. Du côté des grands hommes, il est clair que le film joue de l’opposition et parfois de l’entente entre De Gaulle et Churchill. Simon Abkarian est un De Gaulle convainquant comme Simon Russell Beale est un Churchill réussi. Le contraste entre eux est magnifique. Abkarian a l’allure et trouve le ton du général. Ses répliques, très gaulliennes, sont pleines de gravité et de certitude, certains diront d’orgueil. La vieille rivalité franco-britannique reste en toile de fond pour mettre constamment en valeur le duo — le duel ! — entre les deux hommes providentiels. C’est bien le clou du film même si le scénario s’inscrit dans le respect du déroulement des événements.
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De Gaulle au micro de la BBC
La sortie de la seconde partie du film J’écris on nom… est attendue pour le mois prochain, en plein été ! L’action épique de De Gaulle jusqu’à la Libération sera-t-elle aussi puissamment traitée que dans la première partie ? Par ailleurs, on peut douter que ce spectacle fou atteigne vraiment le grand public par millions car énormément de scènes ou de détails risquent de lui rester difficilement compréhensibles. Il reste un film ambitieux sur la morale et les valeurs en politique.
• La bataille de Gaulle. Première partie : l’âge de fer. - Film français d’Antonin Baudry, sortie le 3 juin 2026. 2 h 39. Les images en couleur sont extraites du film. Le précédent film sur De Gaulle était celui de Gabriel Le Bonin en 2020.
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