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22 euros pour Bolloré et non pour Gallimard ! Dommage...
Un écrivain se retrouve en prison dans son pays natal où il est revenu après avoir gagné des lauriers à l’étranger. Sur le pays natal règne une vieille dictature pourrie or l’écrivain n’aime rien tant que la liberté si bien qu’il a acquis la nationalité d’un autre pays qui symbolise la liberté depuis plus de deux siècles. C’est donc un dissident. Ainsi se retrouve-t-il prisonnier d’opinion — numéro d’écrou 46611 — et aussi otage d’un État qui a toujours des comptes à régler avec des ennemis imaginaires pour mieux tenir son peuple en sujétion. Des intellectuels, des politiques, des amis forment un Comité de soutien pour obtenir sa libération (liste en fin de volume). Et voilà notre prisonnier expulsé via un troisième État par le dictateur qui l’a gracié par charité ou par calcul mais pas par esprit de justice. Ça met en colère notre homme qui aurait voulu qu’un vrai procès avec de vrais avocats le déclare vraiment innocent et la dictature vraiment coupable. Mais ça, disons que ç’aurait pu être l’intrigue d’un roman ou d’une pièce de théâtre d’Albert Camus dont notre homme se sent l’héritier spirituel, pas un épisode de la sinistre géopolitique contemporaine. Voilà en quoi consistent ces « libres méditations d’un prisonnier encombrant » puisque tel est le sous-titre.
Boualem Sansal n’avait rien rédigé en prison. C’est seulement une fois libéré qu’il a entrepris de livrer au papier toutes ces réflexions. Même si elles sont divisées en seize « temps », deux thèmes dominent : d’une part l’analyse remarquable du mal que la prison fait à l’individu après une parodie de procès prenant cinq minutes, d’autre part la plaidoierie contre la dictature islamisée du président Tebboune que l’auteur compare « au sarcophage de Tchernobyl, une gigantesque chape de plomb posée sur un désastre consommé, des territoires saccagés et des peuples abîmés. » Plus précisément, l’auteur imagine une poupée-gigogne de prisons successives : la cellule, le régime, la religion, l’histoire. « L’Algérie est faite de clôtures emboîtées. Il y a la prison politique : le régime, ses services, ses menaces, son arbitraire. Puis la prison du quartier : le regard des frères et des sœurs, la peur d’être montré du doigt, l’obligation de se conformer. Puis la prison religieuse, un système de conditionnement, de surveillance des apparences, de discipline des consciences et de châtiments corporels. Puis la prison de l’histoire officielle, récit fermé, héroïque, sans nuance, intouchable... » Contre ces prisons, Boualem Sansal entre en résistance, grâce à la poésie, et ses codétenus érigent sa légende et celle-ci va franchir les murs, triomphalement.
L’évocation de la libération est reprise sous des angles différents, probablement pour montrer mieux la soudaineté des faits, puis la violence des protocoles bureaucratiques, et jusqu’à l’apothéose du récit légendaire. Elle aboutit malheureusement à placer l’auteur au centre de la bataille entre deux grandes maisons d’édition. Et là Boualem Sansal en dit trop ou pas assez. Il y a cette histoire d’appartement qu’on lui prête pour le dépanner, qu’on lui reprend, en même temps que l’incompréhensible dispute avec Jean-Marie Laclavetine son éditeur depuis des lustres (c’est côté Gallimard), et ce scandale médiatique du transfuge littéraire acheté à pris d’or (c’est côté Grasset) avant que la chute inattendue de Pierre Nora n’entraîne les prémices d’un procès politique à la veille de la publication du livre. Par ailleurs en présentant les Insoumis comme des complices de Tebboune en raison de leurs prises de position décoloniales, et en prétendant avoir été lâché par la gauche en général lors de son emprisonnement pour ne pas fâcher Alger, Boualem Sansal a pris le risque de créer sa légende noire et sembler accréditer la cause extrémiste du clan Bolloré. Finalement, La Légende, dorée ou noire, risque de transformer Boualem Sansal en “auteur « encombrant”.
• Boualem Sansal : La Légende. – Grasset, 2026, 246 pages.
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