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Quelque part en Palestine, peut-être à une heure de voiture de Naplouse, à Jabalayn mais très isolé, se trouve ce palais des deux collines, succession de salons et de chambres rajoutées, de serres et d’une vaste cuisine où Faysal retrouve les fantômes de ses ancêtres. Plus exactement, le « palais » couronne l’un des collines, et sur l’autre pointe l’ancien restaurant de l’oncle Jihad comme une « soucoupe volante », en ruines depuis des lustres, et ces constructions dominent la « vallée des esprits », non loin de colonies juives menaçantes, juste au delà des amandiers et des figuiers. Karim Kattan connaît bien les couleurs de son pays, il est natif de Jérusalem.
Faysal, homme de la diaspora, est revenu pour les obsèques d’une tante Rita dont il n’a pas de souvenir précis et dont on n’entendra plus jamais parler. Il vit à quelques heures d’avion de là. Il est le dernier rejeton d’une grande famille palestinienne chrétienne qui l’avait envoyé faire des études comme interne en Europe, où il est resté. Il ne s’est pas marié, il n’a pas d’enfant, c’est une fin de race. Et après plus rien, un village abandonné « où tout est livré aux vents », un pays vide. Faysal vit ou a vécu avec George dont on ne saura rien non plus, si ce n’est qu’il avait fait un voyage éclair jusqu’au « palais », avec une voiture de location, rouge, on ne sait pas très bien quand, mais du vivant de Nawal qui tempêtait contre cette irruption, elle, la grand-mère adorée de Faysal, qui l’a élevé après la mort de ses parents, mère morte en couches et père vité emporté par une maladie non précisée.
La guerre est évoquée à certains moments, comme des allusions imprécises, puisque dans l’ensemble le flou de la temporalité domine si fortement que ce roman mémoriel est d’essence poétique et onirique et qu’il n’y a pas lieu d’y rechercher ni une chronique organisée, ni un témoignage logique et cohérent. On sera donc forcément séduit par l’irruption fantomatique des parents, tantes, ou oncles sans pouvoir comprendre le présent de la vie de Faysal, brassant les photos anciennes, nageant dans les rêves jusqu’à un incendie final à moins qu’il n’ait eu lieu il y a des années, comme le meurtre d’un colon, dont Nawal, dans les deux cas aurait été l’instigatrice.
Amusé ou perplexe on lira aussi des saillies percutantes sur les femmes du clan, toutes passées par la chirurgie esthétique pour amincir leur nez autrefois trop pif paysan, ou par la pratique des langues étrangères avec le même résultat snob. De même, on pourra tiquer ou être choqué par les reproches visant les ancêtres pour être né, lui Faysal, dans un pays sans nom, et visant une famille hélas sans martyr fondée par un paterfamilias qui s’est enrichi à vendre des slips à l’armée israélienne. Comme quoi ce roman ne plane pas toujours sur les hauteurs éthérées de la fiction poétique et peut faillir dans le trivial.
• Karim Kattan : Le palais des deux collines. - Elyzad poche, 2021, 292 pages.
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