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Présentation du roman "sans capote ni kalachnikov" de Blaise Ndala

Ce second roman, très ambitieux, de Blaise Ndala, auteur canadien de langue française, réunit plusieurs centres d’intérêt dans une intrigue contemporaine qui navigue entre Afrique, Europe et Amérique du nord, avec une brochette de personnages bien croqués. À la base, il y a les conséquences d’un conflit armé au cœur de l’Afrique.

 

Le narrateur de l’essentiel du roman est, non pas un de ces enfants-soldats comme les conflits africains en regorgent, mais le jeune caporal-chef Alex Kimona Kiadi alias Fourmi Rouge, qui prend des notes dans le carnet que lui a fourni son ami médecin. Son cousin Corneille alias Petit Che — car lecteur du journal de guerre de Guevara — est lui aussi porté sur l’écriture. C’est un héritage de famille. Fourmi Rouge a été très marqué par Oncle Victor, le père de Petit Che. Oncle Victor exerçait comme professeur de français au lycée, c’était un homme remarquable, qui s’était indigné du sort des mineurs écrasés dans l’effondrement de leur mine gérée à l’économie par un Nord-Américain, et parmi eux, justement, il y avait le père de Fourmi Rouge. L’oncle a voulu protester, jusqu’au palais présidentiel, du non-paiement d’indemnités aux familles des victimes. On ne l’a plus revu… Comme la guerre semble finie au bout de quatre ans, les garçons regardent la télé française. Ils s’intéressent au sort d’un footballeur né dans leur village, qui a fait carrière en Europe, mais dont les déboires judiciaires font l’actualité.

 

Nous sommes en RDC — dont Blaise Ndala est natif — et cette terre passe aux yeux de certains pour être un pays de Cocagne, riche d’or, de diamant et de coltan, c’est pourquoi on l’appelle la Cocagnie. Là-bas, le cruel président Auguste Meka Okangama s’agrippe au pouvoir central. Il vient de virer ses principaux ministres, les « caïmans », pour un gourou venu de France et spécialiste de l’image. Dans la province minière du Ruwenzori, la guérilla lancée par le brave général Mokomboso au nom de l’ethnie matata a traversé une phase critique. Il a été écarté par son rival Narcisse Katavirunga, un seigneur de guerre sanguinaire surnommé Rastadamus. Ses hommes ont fait régner la terreur et commis les pires barbaries sur la population civile, spécialement les femmes, autrement dit les violer c’était « chanter l’angélus ». Depuis que Rastadamus a négocié un compromis à Rambouillet, ses troupes affaiblies sont en camp de désarmement et les malades, tel Fourmi Rouge atteint du sida, sont soignés par Miguel Etchegaray le médecin basque d’une ONG. Il a accueilli dans son hôpital l’amie canadienne de son frère, un peintre célèbre que l’ETA a éliminé pour avoir refusé l’impôt révolutionnaire. C’est ainsi cette étrangère s’est intéressée au sort des femmes martyrisées par la guérilla et en a fait un film militant.

 

J’aurais pu commencer par l’incipit. Ça éclate à Hollywood en 2002. Le documentaire de la réalisatrice canadienne Véronique Quesnel vient de recevoir un Oscar en présence de nombreuses célébrités telle Beyoncé. La Canadienne est accompagnée officiellement à la cérémonie des Oscars par Sona qui a été l’esclave sexuelle du terrible Rastadamus, en réalité par Sondji, sa sœur jumelle car Sona a payé de sa vie une tentative d’évasion. Le film Sona, viols et terreur au cœur des télénèbres connaît un si vif succès que Petit Che, qui a connu Sona car il faisait partie de l’entourage proche du chef de guerre, se tournera vers la réalisatrice pour développer ultérieurement son propre projet, alors qu’aux Pays-Bas la Cour Pénale Internationale se penche sur le cas des criminels de guerre comme Rastadamus.

 

Le style du roman est riche de métaphores africaines et d’allusions littéraires en plus de celles d’Oncle Victor. Les plus évidentes, prises dans les œuvres du XXe siècle, concernent aussi bien Garcia Marquez et son disciple Sony Labou Tansi, qu’Ahmadou Kourouma (pour En attendant le vote des bêtes sauvages, et Allah n’est pas obligé). La richesse de l’intrigue et l’allant de l’écriture font que ce roman réjouira les amateurs de littérature inspirée par l’Afrique autant que ceux qui s’indignent du sort des civils dans les guerres intestines.

 

Blaise Ndala : Sans capote ni kalachnikov. – Mémoire d’encrier, Montréal, 2019, 372 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE, #LITTERATURE CANADA, #CONGO
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