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Formidable satire sociale pleine d’humour puis de vérités plus douloureuses, ce premier roman est juste un peu trop bavard, à l’image du personnage principal, celui de « la bonne mère ». Véronique, encore dans la quarantaine, fan de soleil et de plage, et sa fille Clara plus réservée, sont les deux voix qui alternent dans ce roman très vivant et ancré dans le Marseille d’aujourd’hui. D’un côté la gouaille de Véro, de l’autre le style plus retenu de sa fille. Brillante élève, Clara s’est vu conseiller de poursuivre des études à Paris. Elle a entrepris une thèse de sociologie. À Science Po, elle fait la connaissance de Raphaël, un grand type mince et guindé issu d’une famille très bourgeoise. Et très catho. Pour Clara c’est le grand amour et voici qu’elle descend à Marseille le présenter à ses parents. Alors les clichés vont défiler…

 

D’emblée, Véro n’aime pas ce garçon, à l’allure si éloignée de son milieu exubérant et populaire. Elle le qualifie en privé de « girafon » quand elle en parle à ses copines avec qui elle forme une galerie de « cagoles ». Est-ce de l’intuition féminine, toujours est-il que Véro s’inquiète pour sa fille alors que son mari est prêt à pactiser. En effet, Joseph, dit le Napolitain, ne semble pas troublé, persuadé que sa fille va trouver le bonheur avec ce Raphaël, fier qu’il est, lui le simple chauffeur de taxi, de voir sa fille unique monter à Paris pour décrocher un doctorat.

 

Au fil des pages on comprend vite que l’affaire va déraper. Et doublement. Car si le couple des jeunes pourrait ne pas aller au-delà de la rumeur de supposées fiançailles glissée à l’usage de ses amis, le couple des parents marseillais est déjà prêt à exploser. Le Napolitain semble cacher une maîtresse du côté d’Antibes où son taxi le conduit trop souvent. Quant à Raphaël, son attitude envers Clara prend peu à peu une direction inquiétante qui détermine la suite du roman. Dans ces conditions, avec Véro, on va voir ce qu’on va voir…

 

Outre une excitante comédie sociale, le roman de Mathilda Di Matteo offre un portrait haut en couleurs de sa ville par la bouche de Véro :

« C’est une copine, ma ville. Disons une belle brune mate sur pilotis qui danse le Mia dans un bar du port depuis les années quatre-vingt-dix. Elle se déhanche les yeux fermés, maquillée comme une voiture volée. Elle fait jaser : y disent tous qu’elle est trop. Trop sale quand elle empeste les poubelles que les cantonniers veulent plus ramasser en été. Trop dangereuse entre les balles perdues des kalach dans les quartiers. Trop vulgaire quand ça s’empègue au bar, que ça hurle en voiture dans les virages… »

 

Mais revenons à l'essentiel. Raphaël est-il un ange ? Clara est-elle vraiment de nature à se plaindre pour un rien ? Le Napolitain secoué par la mort de sa mère en arriverait-il à se faire consoler par une jeunette et à rompre même avec sa fille ? Toutes ces questions qui sentent le feuilleton et la série télé sur France 3 trouveront leur réponse après bien du suspense et des scènes passablement épicées.

 

Mathilda Di Matteo : La Bonne Mère. – L’ Iconoclaste, 2025, 354 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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