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Chronique du livre "Les Silences" de l'auteur suisse Brunoni : avis et aperçu"

L'auteur, suisse de langue italienne, nous transporte dans un village de montagne. Rien à voir avec le ghetto pour riches de Gstaad ou Sils-Maria : ce village pauvre, perdu dans la montagne où errent des loups, se dépeuple. Les jeunes des années 50 veulent vivre en ville et ne plus s’occuper des vaches et du fumier.

Ida Bühler, jeune fille de 13 ans qui en paraît 16, est placée comme domestique dans la ferme tenue par le couple Hauser dans une vallée isolée près de Thoune. Ida née de père inconnu est depuis peu orpheline, sa mère ayant succombé des suites d’un accident de la circulation dont Ida se reproche la survenue. D’emblée Greta et Arthur Hauser ne lui rendent pas la vie facile. Greta particulièrement, craint qu’Arthur, son mari, ne se laisse séduire par « la nouvelle » ainsi que l’on dit au village. La première partie du roman montre Ida devant cette installation pénible, les sévices que Greta lui inflige, le regard concupiscent d’Arthur quand elle se dénude pour sa toilette dans la salle commune. Seul Noah, le fils cadet du maire, s’intéresse à Ida. Flirter serait un bien grand mot : on est immergé dans une société austère et protestante ; mais sous les silences les tensions couvent.

 

La deuxième partie abandonne le point de vue d’Ida pour reprendre toute l’histoire du point de vue des autres personnages. L’auteur a traité ce choix en multipliant les dialogues — trop à mon goût — et en dramatisant progressivement les situations. De fait, tous les personnages portent une lourde responsabilité dans l’état dégradé de leurs relations. Il en va ainsi dans la famille Hauser, avec Greta ne pouvant avoir d’enfant en raison de malformations sexuelles, et avec Arthur crachant du sang et s’épuisant au travail. À la ferme du père de Noah ça ne va guère mieux, lui-même pense à s’enfuir du village avec Ida ; Reto son frère aîné a été obligé d’assurer un intérim chez un artisan alcoolique, et il complote de s’installer auprès de la belle Anne qui élève seule sa fille depuis trois mois qu’Emil est parti. Reto et Emil étaient amis mais n’ont pas bonne réputation, traînant derrière eux une louche affaire de rites païens. Hauser non plus dont la mère sans mari se serait prostituée, et le pasteur non plus depuis qu’il perd le nord et qu’il aurait dit la messe aux vaches. Tandis que le maire s’inquiète pour ses administrés et ne voit pas le mal qui menace ses fils, Edith qui tient le troquet fondé par son père contemple froidement le naufrage en cours.

 

Le poids des non-dits est énorme et c’est l’originalité de ce roman de les mettre en évidence, d’où le choix du titre : les silences. Cela recouvre la désunion des couples, les remords, la culpabilité endossée même. Les âmes malades de cette vallée n’ont plus de guide, leur pasteur a perdu pied. Cette mise en scène dans un village est vraiment le choix réussi pour dépeindre un petit univers en proie au mal. En revanche Ida pourrait bien obtenir le bénéfice de la grâce...

 

 

Luca Brunoni : Les Silences. – Traduit de l’italien par Joseph Incardona. Finitude, 2023, 248 pages. [Silenzi, 2019].

 

Tag(s) : #LITTERATURE SUISSE, #LITTERATURE ITALIENNE
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