L’exposition Sorcières au château de Nantes (jusqu'au 28 juin 2026) s'ouvre sur une immersion, la traversée symbolique dans la forêt des contes (Et comme une faïence bleue, œuvre de Salomé Fauc, 2024), complétée d’une installation d’oiseaux maléfiques par Annette Messager...
Le parcours, ensuite, se veut exhaustif et didactique. D'où de trop nombreux panneaux à lire !
Tout commence avec les magiciennes de l’Antiquité (Médée, Hécate, Circé). Quand l’empire romain est devenu chrétien, leur magie a été condamnée.
La chrétienté médiévale identifie la sorcière à une hérétique, puis en fait une alliée du Diable avec qui elle pactise, et à la fin du XVe siècle la Papauté organise le combat contre les sorcières. C’est l’époque des manuels utilisés par les Inquisiteurs, tel de Malleus Maleficarum d’Heinrich Kramer Institoris en 1486 — pour qui les femmes sont responsables de tous les malheurs. Ça n'empêche pas de dire par ailleurs qu'on est en pleine Renaissance !
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Le visiteur découvre une vidéo remarquable qui déroule la représentation cartographieque des procès contre les sorcières de 1300 à 1800. L’apogée des procès dans la première moitié du XVIIe siècle saute aux yeux avec leur concentration dans le monde rhénan. Mais on voit bien aussi que le phénomène a été européen.
Enluminures de manuscrits, archives de procès, gravures célèbres de Dürer et peintures méconnues du XVIIe s., donnent à comprendre la réalité du monde de la sorcellerie, et permettent d' apprécier l'esthétique de sa représentation imaginaire.
Parmi les documents imprimés présentés figure par exemple celui du magistrat bordelais Pierre de Lancre, envoyé dans les campagnes du Labour (Pays Basque) et qui conduit plusieurs dizaines de femmes au bûcher d’où son Tableau de l’inconstance des mauvais anges et des démons où il est amplement traité des sorciers et de la sorcellerie publié en 1612. On se représente généralement la sorcière comme une vieille femme maléfique et isolée dans son pauvre village. Ce cliché vaut encore au XIXe siècle comme le montre ce tableau :
Mais la sorcière était aussi active en ville et même à la Cour... L’exposition évoque ainsi l'Affaire du Poison, histoire d'empoisonneuses impliquant la marquise de Brinvilliers en 1672, scandale qui aboutit dix ans plus tard à la décision de Louis XIV de mettre fin au crime de sorcellerie en France.
Avec l'essai La Sorcière de Jules Michelet (1862), l’image de la sorcière bascule de nouveau, si bien que des féministes d’aujourd’hui peuvent en revendiquer l’image. Déjà, la sorcière de Boutet de Montval comme la Circé de Waterhouse n’étaient plus des femmes effrayantes ! Plutôt de belles créatures sûres d'elles...
Restent les pratiques de divination toujours d’actualité, et la fierté du mouvement W.I.T.C.H.
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Sorcières ! sous la direction scientifique de Krystel Gualdé. Introduction d'Andreea Marculescu et de Jacob Rogozinski, éditeur : Éditions du Château des ducs de Bretagne, Diffuseur : Presses universitaires de Rennes, 2026, Relié, 400 pages, plus de 400 illustrations, EAN 9782488106009, 19 x 26 cm.
• Je recommande l’application à télécharger. Les propos de Krystel Gualdé facilitent la visite pour les adultes comme pour les enfants. Certaines images y sont mieux visibles que dans l’exposition elle-même.
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