Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

A la fin de l’année 1944 Budapest est menacée et assiégée par les armées soviétiques. Le Régent Horthy qui voulait sortir la Hongrie de l’alliance avec Hitler est supplanté à Budapest par la dictature militaire des Croix Fléchées dirigée par Ferenc Szálasi. Ces brutes sanguinaires se font un devoir de pourchasser, arrêter et torturer les Juifs vivant dans la capitale alors que les déportations ferroviaires vers Auschwitz ne sont plus d’actualité. Les jeunes filles et jeunes femmes juives sont systématiquement et sauvagement violées. Les Croix fléchées, emportés par « l'ivresse de la violence » s’en prennent aussi aux communistes et aux libéraux. Ils ne respectent même pas les lettres de protection des ambassades de Suède, de Suisse et du Portugal. Après avoir été passés à tabac, souvent au son de l’accordéon, les Juifs sont exterminés froidement dans les caves et cours d’immeubles où les Croix fléchées ont établi leur quartier général, tandis que les non-Juifs en âge de porter les armes sont recrutés de force par ces mêmes miliciens qui les envoient en première ligne, à peine armés, contre les Russes.

 

Dénoncé pour avoir une femme et une maîtresse juives, Terez et Iren, un industriel du nom de Renner est arrêté, brutalisé puis enrôlé de force dans la milice du 12e arrondissement, sous la surveillance de Robi. L’organisation lui reproche aussi d’avoir abrité des juifs dans son entreprise. Renner sait que les deux femmes ont été violentées et risquent d’être exécutées : cela constitue la part romanesque du livre et crée un modeste suspense. Au volant du camion de son entreprise métallurgique, Renner assure des transports pour le compte des Croix fléchées, avec Robi pour passager. Au fil des semaines, quand la situation militaire empire, les deux hommes finiront par sympathiser et tenter d’échapper à l’emprise fasciste. En tant que capitaliste, Renner ne sera pas mieux traité par le régime communiste qui s’installera sur les bords du Danube puisqu’il verra son entreprise confisquée et qu’il devra émigrer.

 

Durant ces semaines tragiques de décembre 1944 à janvier 1945, le camion de Renner sert à transporter des victimes jusqu’au Pont aux Chaînes ou jusqu’au Pont Elisabeth d’où elles sont jetées dans le Danube, à déménager les locaux successifs de l’organisation criminelle des nazis hongrois, ou à y ramener le fruit de leurs pillages dans les villas et appartements de leurs victimes. L’auteur qui a longuement enquêté sur les Croix fléchées, fait revivre une multitude de personnages détestables. Outre Imre Nidosi Nzedics le chef militaire des Croix fléchées, et théoricien du « hungarisme », qui fête son 48ème anniversaire au milieu d’une orgie abominable, on peut suivre les agissements de quelques criminels précis. Le boulanger Denès Bokor — plutôt digne d’être qualifié de “boucher” — se rend coupable de torture, de viol, et de meurtre de plus d’un millier de personnes principalement juives. Il sera condamné à mort pour crimes de guerre par les Soviétiques le 14 juin 1945. Prêtre catholique et amateur de musique classique, le prêtre Andres Kun se rend coupable de semblables forfaits et particulièrement de l’assassinat de 140 personnes dans l’hôpital juif de Buda, à la fois malades et médecins, ce qui lui vaudra d’être pendu le 19 septembre 1945.

 

Ce roman qui a la force d’un document accablant est à réserver à « un public averti » comme l’annonce d’ailleurs la quatrième de couverture, tant la lecture est éprouvante en raison de l’avalanche de scènes sadiques.

 

 

Gábor Zoltán : L’ivresse de la violence- Traduit du hongrois par Thomas Sulmon. Belfond, 2026, 362 pages.

 

 

 

Tag(s) : #HONGRIE, #FASCISME, #SECONDE GUERRE MONDIALE, #EUROPE CENTRALE ET BALKANIQUE
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :