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Toutes les histoires contées par Andrea Camilleri ne sont pas des enquêtes du commissaire Salvo Montalbano. Le romancier de Vigata a également écrit quantité de fictions situées dans un temps antérieur aux exploits du fameux policier. Ainsi d’Un Filet de Fumée, de la Concession du téléphone, du Neveu du Négus, ou encore de textes non traduits en français comme La Targa.

 

Dans ce roman court mais savoureux qui se passe en 1940 alors que l’Italie vient d’entrer en guerre contre la France, les notables fascistes de Vigata sont réunis dans leur cercle (Fascio & Famiglia) que préside don Filippo Caruana. On y trouve entre autres Cocò Giacalone qui est porté sur les jolies jeunes femmes, le professeur Larussa qui enseigne le latin au lycée de Montelusa, le docteur Alletto, l’avocat Pennisi, ainsi que don Manuel Persico, 97 ans, présenté comme un squelette ambulant, mais connu pour avoir été un fasciste de la première heure.

 

Or, voici que se présente à l’improviste Micheli Ragusano, absent depuis quelques années puisqu’il était en résidence surveillée à l’île Lipari. Bien que sa femme ait payé sa cotisation durant tout ce temps, son accès au cercle lui est contesté. Il s’ensuit une altercation au terme de laquelle Ragusano, sur le point de partir se penche vers don Manuel Persico et lui déclare à l’oreille : « Le nom d’Antonio Cannizaro vous dit-il quelque chose ? ». Le vieux bonhomme reçoit ces mots comme un choc et s’écroule mort !

 

Ragusano sera arrêté, jugé pour homicide involontaire, et emprisonné. Après les obsèques du vieillard, qui laisse une pétillante veuve de 25 ans, Cocò Giacalone se démène afin d’obtenir une pension pour elle ce qui lui permettra de gagner ses faveurs — ce dont le docteur Alletto, jaloux, cherchera à se venger. De plus, les membres du cercle décident qu’une grande rue de Vigata sera baptisée du nom de leur défunt camarade. Quelle inscription placer sur la plaque (en italien : la targa) ?

 

Tel est le point de départ d’une histoire rocambolesque où le ridicule est au rendez-vous car il faut bien en apprendre davantage sur ce don Manuel depuis que l’historien local a déterré une sale histoire. Le vieux fasciste dont ils veulent honorer la mémoire aurait été socialiste ; pire, il aurait commis un crime de voyou à Marseille et aurait choisi de se refaire une virginité politique en rejoignant Mussolini lors de la Marche sur Rome. La rue des Vêpres siciliennes changera-t-elle finalement de nom ? Jubilatoire.

 

Andrea Camilleri : La targa. - Rizzoli, 2015, 86 pages. Postface de Giuseppina Torregrossa.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE
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