/image%2F0538441%2F20260315%2Fob_6d3dc0_le-neveu-d-amerique.jpg)
Encore un livre sur l’exil, car « à partir de 1973, plus d’un million de Chiliens laissèrent derrière eux leur long pays maigre et malade », mais c’est d’abord un livre d’aventures. Après deux ans de prison et des séances de tortures, Luis Sepúlveda fut libéré de la dictature de Pinochet et condamné à l’exil avant que la restauration de la démocratie en 1988 lui permette de revenir au Chili. Or son ami Bruce Chatwin venant de mourir, c’est seul qu’il repart pour Chiloe et la Patagonie. L’écrivain était déjà installé en Espagne pays d’origine de son grand-père anarchiste évoqué dans les premières pages, pays où il finirait ses jours emporté en 2020 par le coronavirus.
L’ouvrage se compose de souvenirs portant sur plusieurs séquences de sa vie mais ne constitue pas pour autant une autobiographie. Le titre Le neveu d’Amérique convient particulièrement au dernier texte quand l’auteur retrouve un grand-oncle en Andalousie. Mais l’édition originale en espagnol porte comme titre Patagonia Express (et c’est celui qui est conservé par l’édition actuelle chez Tusquets comme par les diverses traductions en anglais, italien, portugais, etc, que l’on trouve indiquées par Amazon.)
De fait la Patagonie tient une place centrale dans ce livre de souvenirs. On y prend même le Patagonia Express depuis El Turbio à la frontière chilienne jusqu’à Rio Gallegos sur l’Atlantique, c’était la ligne ferroviaire la plus australe du monde, utilisée par la main-d’œuvre de péones chilotes en route vers les estancias du grand Sud. La Patagonie est aussi parcourue en avion, pour livrer des moutons en DC3, ou pour convoyer le corps de don Nicanor Estrada d’Ushuaia à Comodoro Rivadavia en Pipper, comme lui raconte son ami « Carlos Pas Plus » (Carlos E Basta en espagnol) car il ne voulait pas que son patronyme figurât dans le livre.
Après la geôle de Temuco — son « voyage à nulle part » — où Luis Sepúlveda s’est « juré et rejuré de ne jamais [se] consacrer à la critique littéraire » parce qu’un officier s’était fâché d’être démasqué comme faux poète, et l’avait renvoyé au mitard, ses notes le conduisent dans différents pays d’Amérique du sud en attendant de traverser l’Atlantique pour l'Europe et séjourner un temps à Hambourg. Il s’en suit une série d’anecdotes inattendues notamment en Équateur où il accompagne des prostituées au cinéma sous les yeux réprobateurs d’un curé puis échappe au mariage avec une héritière d’1 m 90 après avoir été recruté comme rédacteur de la biographie de son illustre aïeul.
La galerie de portraits comprend aussi cet adelantado, dénommé Maldonado, qui au début de l’ère des Conquistadors décrivit la Patagonie comme une terre de géants velus et aux grandes oreilles, ou encore ce professeur de physique venu de Slovénie à Buenos Aires, mais qui, chassé par la dictature de Videla et Cie — encore une — , découvrit le trou de la couche d’ozone et alerta vainement la communauté scientifique dans les années 1980 ce pourquoi un prix Nobel alternatif lui aurait été attribué en tant que Klaus Kucimavic, nom qu’il avait abandonné pour celui de Carlitos Carpintero afin de se fondre dans la population de Rio Mayo. Mais je n’ai pas trouvé ce nom dans la liste des prix Nobel alternatifs (alias Right Livelihood Award).
/image%2F0538441%2F20260315%2Fob_4531e2_carte-patagonie.jpg)
L’un des mérites de l’auteur est en somme ne nous promener fort agréablement dans le “cône sud” — d’où cette petite carte où j’ai placé quelques lieux évoqués dans ce livre qui élève la Patagonie au rang de mythe
• Luis Sepúlveda : Le neveu d’Amérique. – Traduit par François Gaudry. Métailié, 2017, 176 pages.
/image%2F0538441%2F20260315%2Fob_a2db83_image-gravillons.jpg)
Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline
/image%2F0538441%2F20230711%2Fob_103fad_wodka.png)