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Un adorable petit village normand accueille Roland Magenta le narrateur et héros du livre. Le slogan en pourrait être : « Sainte-Honorine, vous n’en reviendrez pas ! » Il y a là deux manoirs, celui un peu décrépit de Zora la Turque — avec ses treize fenêtres en façade et ses ardoises qui se décollent dangereusement du toit — et celui des Belges sur l’autre versant, solide propriété de Philippe Chastaing banquier à la retraite. Entre eux c’est, dit-on, la grande rivalité.


 

Le village est un concentré de Normandie, avec le bord de mer, les traces du débarquement de juin 44, les vaches — aussi sacrées qu’en Inde — la teurgoule, le cidre et le calva. S’y ajoutent les turqueries : Zora serait native de Constantinople et on entre dans sa chambre par la Sublime Porte gardée par le chat Eunuque. En vérité toute la demeure tient du capharnaüm autant que du classique cabinet de curiosités. Dehors, les rosiers poussent étonnamment bien et les oies sont les gardiennes des lieux.


 

Le charmant et naïf Roland, en quête d’un boulot salvateur est sorti de France Travail avec en poche un numéro de téléphone. Rendez-vous pris, le voici dans le train jusqu’à la gare de Bayeux. Là, Noël le « nain-tendant » de la Turque habillé d’exotiques frusques le prend en charge et le malmène en 2 CV jusqu’à la mystérieuse demeure de Zora à « l’aura de ruine byzantine ». La vieille dame excentrique et « humant l’alcool » vit avec son chat et ses deux enfants depuis longtemps adultes, Jean-Pierre s’épanouit en jardinier qu’elle appelle « mon janissaire », tandis qu’à la cuisine Marie-Claude se morfond sans mari.


 

Passionnée de peinture, Zora a recruté Roland Magenta pour lui servir de modèle. Il posera nu. Il écrira aussi la biographie de la dame, tant il est vrai que sa vie déborde d’aventures. En contre-partie, elle lui fait miroiter des avantages futurs devant lesquels son état de « jeune paumé dépressif » et sans le sou ne peut que se laisser séduire. Pourtant les propos surpris du jardinier peuvent l’inquiéter : « J’voudrions savoir c’est t’y combien de temps qu’y va durer ct’e bougre de Panaméen. » Car Roland n’est pas le premier modèle recruté par la Turque…


 

Durant son séjour normand, Roland — souvent étroitement surveillé par le jardinier — fait les courses pour Zora, rencontre maire et curé, et aussi Adèle, la fille de l’autre château. Roland en est vite amoureux malgré les mises en garde. Reçu au manoir belge il découvre que son propriétaire, Philippe, se présente comme un fan de chasse et de gros gibier. Voilà notre Roland invité spécial d’une partie de chasse à la laquelle — ô surprise ! — sa bienfaitrice ne semble pas s’opposer.


 

Outre le thème obsessionnel de la Normandie et le parfum de turqueries, ce roman humoristique — tout en cachant un thriller annoncé par bien des signes — collectionne joyeusement les expressions familières et patoisantes dans la bouche du fils de Zora, ainsi que les expressions du narrateur, garanties d’un style jeune et actuel. D’où un cocktail qu’on apprécie dès les premières pages et qui enchante jusqu’à la chute qui n’est pas celle de Byzance. En somme, ce premier roman est de bon augure pour le lancement de ce nouvel éditeur.


 

• Charles Flamand : Chez la Turque. – Éditions au hasard, 2026, 233 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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