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Une tradition du récit ou du roman se fonde sur la structure suivante : dans une auberge un voyageur en rencontre un autre qui lui raconte son histoire. Dans le roman de Cécile Oumhani, deux femmes se trouvent devoir attendre à Bahrein la correspondance de leur avion, l’une pour Kaboul où elle a vécu, et où elle va retrouver son père malade, l’autre pour Chennai où l’attend un congrès d’universitaires. Dans le salon de l’hôtel Silver Jasmine, où les accueillent des hôtesses philippines, la narratrice fait la connaissance de Meena. Fatiguée, la narratrice n’a pas tellement envie de l’écouter, jusqu’au moment où l’autre lui parle de l’Inde comme du pays de ses racines. C’est ce qui éveille son intérêt car son père, récemment décédé, y était né et ne l’avait quittée en emmenant des souvenirs de son ayah — comme ce proverbe qui sert de titre — que pour rejoindre une pension anglaise.

 

Voilà donc l’histoire de Meena dont le père, initialement qualifié de simple « kabuliwala », avait quitté l’Afghanistan en famille pour faire le commerce du poivre près de Cochin dans le Kérala. Meena et son frère jumeau Faiz étaient nés et avaient donc grandi sous les moiteurs et les parfums de la Côte de Malabar. De mauvaises affaires avaient obligé le père à rentrer en Afghanistan, avec sa fille, mais le fils avait choisi de rester en Inde, et il ne s’était pas déplacé pour le mariage de sa sœur avec Ahmad. Meena, qui avait terminé ses études secondaires, souhaitait aller sur les bancs de l’université étudier la physique. Mais à la suite d’une manifestation sanglante des étudiantes, la famille l’en avait empêchée. Le jeune couple avait alors décidé de s’exiler. L’expatriation les amena jusqu’en Allemagne où Meena apprit la langue et se fit des relations grâce à la bienveillance d’une veuve de guerre. Des années plus tard, Meena rentrait en Afghanistan pour assister son père peut-être sur le point de mourir et tenter de recueillir ses confidences.

 

Ce schéma permet à l’autrice d’évoquer l’exil devant une assiette de loukoums. Les années d’exil à Berlin-Ouest encore figé par la Guerre froide — « j’étais transportée sur un îlot égaré au milieu d’un océan interdit » permettent à Meena de devenir aide-soignante, mais ne lui font pas oublier ses années indiennes, paradis de l’enfance et horizon rêvé du frère chéri. Ainsi ce récit au fil de la nuit arabe charme la narratrice qui elle aussi voyage en solitaire après avoir fermé la maison familiale. Des citations de poésie persane et allemande rythment ces évocations. L’écriture sensible de Cécile Oumhani, romancière et poétesse (voir son site) avait déjà été remarquée lors de la publication de son premier roman Une odeur de henné

 

Cécile Ouhmani : Les Tigres ne mangent pas les étoiles. – Elyzad, 2024, 160 pages.

 

Chronique du livre "Les Tigres ne mangent pas les étoiles" de Cécile Oulhani : avis et aperçu"

Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline

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Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE, #TUNISIE
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