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Des frontières il y en a dans le monde entier, plus ou moins ouvertes, plus ou moins fermées. Ici, c’est la frontière irano-afghane dans la Khorassan. Une frontière très surveillée vu l’état de guerre quasi-permanent en Afghanistan. L’autrice est originaire de la province d’Hérat. Sa famille s’est exilée à Birjand, en Iran. Elle a fait des études supérieures à Téhéran où elle a passé plus d’années qu’ailleurs, et au moment où elle rédige l’avant-propos de ce livre de souvenirs, elle entend sous ses fenêtres les femmes manifester contre la dictature des mollahs, criant « Azaadi », liberté en persan.
Les récits s’étendent entre 1986 et 2017, parcourant « l’interminable tragédie afghane », assez de temps pour que le contexte politique en Afghanistan soit passé de l’intervention soviétique à l’intervention américaine, que vienne le temps des moudjahidine puis des Talibans, qu’on croise des noms connus : Babrak Karmal, Hamid Karzaï ou le commandant Massoud. Mais aucun nom d’officiels côté iranien.
Ces histoires largement autobiographiques, poignantes, commencent quand l’auteure n’est encore qu’une petite fille qui accompagne son père souffrant d’épilepsie jusqu’à la capitale à travers le désert, ou qu’elle traque de dangereux scorpions avec un jeune cousin. Les plus récentes montrent une femme de trente ans traitée de « baloutche » en plein Téhéran alors que son amie cinéaste se fait molester par des voyous, ou encore enquêtant à un poste-frontière et retrouvant le passeur Mohammad Usman, au service de sa famille, et le visitant en prison.
Surtout, la narratrice évoque les membres d’une famille ballottée entre deux pays par temps de guerre, et porteuse des « gênes de la douleur ». Elle s’interroge continuellement sur son identité, plus liée à la langue qu’elle parle, le persan pas le dari, qu’à une patrie presque toujours hostile, où il ne fait pas bon retourner, jadis au temps des communistes, plus récemment depuis la victoire des Talibans. Certains l’on fait comme le couple formé par Mahboubeh et Aman Khan qui y a perdu la vie, ou comme la tante Anar qui y a perdu la langue. Les Talibans l’ont punie d’avoir voulu enseigner l’anglais aux enfants d’Hérat. Sous les Soviétiques c’était pire : « quatre-vingt sept vies fauchées par l’Armée Rouge ». Le livre se clôt sur les tombes des morts de la famille et sur les larmes de désespoir versées près des barbelés. Un livre émouvant.
• Aliyeh Ataei : La Frontière des Oubliés. – Traduit du persan par Sabrina Nouri. Préfacé par Atiq Rahimi. Gallimard, 2023, 150 pages.
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Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline
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