/image%2F0538441%2F20260224%2Fob_7b89df_fermina-marquez.jpg)
Qui lit encore Valery Larbaud ? Il est l'auteur d'un essai souvent cité pour son titre : Ce vice impuni la lecture paru en 1925 mais cantonné au domaine anglais... Il eut son heure de gloire dans un premier XXe siècle à l’ombre d’André Gide qu’il invitait à Vichy quand il ne voyageait pas à travers l’Europe. ”Son roman Fermina Márquez, consacré aux amours de l'adolescence et souvent comparé au Grand Meaulnes d'Alain-Fournier, obtient quelques voix au Goncourt en 1911” nous dit Wikipedia.
L’action se passe dans un collège élitiste, proche de Paris, du nom de Saint-Augustin, où le narrateur a été élève au milieu de fiers camarades venus de l’étranger. « Ces fils des armateurs de Montevideo, des marchands de guano du Callao, ou des fabricants de chapeaux de l’Équateur, se sentaient, dans toute leur personne et à tous les instants de leur vie, les descendants des Conquistadores. » C’est comme si toute l’Amérique latine avait envoyé ses garçons dans cet établissement sélect. Parmi eux, Santos Iturria venait du Mexique et le très jeune Márquez du Pérou. Ce dernier devait être bien fragile au point que chaque jour, à la récréation, débarquaient ses deux sœurs et leur tante. La plus grande des deux filles c’est Fermina. Elle à l’âge des élèves de Première — on disait Rhétorique — ou des Terminales. En ce temps qui ignorait la mixité scolaire, l’intrusion de la belle Fermina excite ces garçons qui sont tous internes, même si certains comme Santos font le mur pour filer dans les cafés de Montmartre. Le plus zélé des gamins de Seconde, Joanny Léniot, fils de soyeux lyonnais, fort en thème comme en version latine, a pris la défense du petit Márquez, et s’en trouve autorisé à tenir compagnie à ses parentes. Le flirt qu’il entreprend auprès de Fermina ne rencontre qu’un succès limité : il la saoule de considérations sur l’empire romain, sur la poésie latine, et lui explique qu’il se sent citoyen romain. Comme elle ne partage pas ses admirations, il finit par se sentir un peu stupide, et laisser Santos faire ses galanteries auprès d’elle. D’ailleurs on va lui confier le discours de fin d’année en latin devant l’archevêque qui assistera à la cérémonie. Après une rupture temporelle du récit, le roman se termine brutalement : le narrateur visite son ancien établissement qui est maintenant fermé, presque en ruines, et à vendre. L’ancien concierge, devenu gardien du parc, lui apprend que Joanny est mort durant son service militaire dans une caserne de l’Est et que Santos a épousé une blonde Allemande. Quid de Fermina ?
Ce roman publié en 1911 (le copyright de l’édition Folio indique néanmoins 1926) est situé dans les dernières années du XIXe siècle. Des arbres du parc portent traces des combats de la dernière guerre —entendez le siège de Paris par les Allemands en 1870. Les grands élèves (en secret) et les professeurs lisent Paul Bourget et Emile Zola. Joanny Léniot nous dit qu’il vient de lire Le Secret de monsieur Synthèse, l’histoire d’un milliardaire qui passe pour l’homme le plus riche du monde, sorte d’Elon Musk en somme. Ce roman d’aventures de Louis Boussenard vient de paraître en 1889-1890 et je propose de dater ainsi cette année scolaire, d’un temps où les Latino-Américains envoyaient leurs rejetons s’instruire en France, à notre époque c’est vers les universités des Etats-Unis qu’ils seraient plutôt allés.
• Valery Larbaud : Fermina Márquez. – Gallimard, Folio, 1972, 160 pages.
/image%2F0538441%2F20260224%2Fob_5b76c1_image-gravillons.jpg)
Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline
/image%2F0538441%2F20230711%2Fob_103fad_wodka.png)