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Natif de Changsha, Han Shaogong a été envoyé à la campagne en tant que “jeune instruit” par la “Révolution culturelle”, après quoi il a animé par réaction le mouvement littéraire intitulé “La Quête des racines”. Son écriture est aussi bien réaliste que marquée par le réalisme magique et le fantastique inspiré par des traditions provinciales du sud de la Chine.

 

Ce roman a pour sujet principal la vieillesse et la mort de Yao Gu, présentée comme une tante du narrateur, Mao Ta. Celui-ci vit en ville, semble y avoir quelques responsabilités, est marié, et durant les premiers chapitres accueille sa vieille tante chez lui, et ce n’est pas toujours rose. Yao Gu a une filleule, Lao Hei, et ces deux femmes partagent un point commun : elle n’ont pas eu d’enfant. Plus tard, Yao Gu est ramenée au village par les enfants de sa vieille camarade Zhen Gu, chez qui elle meurt. Le narrateur s’est rendu dans ce village où on l’a reconnu comme descendant d’une famille de grands propriétaires fonciers dont les membres — son père et ses oncles — s’étaient entre-déchirés sous les soubresauts du maoïsme. Mao Ta revient également au village suite à la mort de sa tante, partageant un étonnant repas de funérailles, accumulation de mets acides. Alors survient un tremblement de terre qui, en se mélangeant à la panique des rats sortant de leurs trous et à l’alcool qu’a bu le narrateur, lui produit d’étranges visions.

 

Les légendes parlent avec insistance de ces femmes qui n’ont pas mis au monde d’enfant. « Des femmes en mal de grossesse partaient nues dans la montagne, où elles se couchaient pour recevoir le vent du sud, susceptible, disait-on, de leur faire porter un enfant. Il y avait aussi une recette étrange : un breuvage fait d’une décoction de mouches et de nids d’abeilles...» Et si ça ne marchait pas ? « Alors les femmes honteuses se suicidaient, ou quittaient le pays pour ne plus jamais y revenir.» C’est ainsi que Yao Gu est partie loin de chez elle faire la femme de ménage ou travailler en usine. Mais les temps ont changé avec la société de consommation qui arrive en Chine dans les années 1980. Sa filleule Lao Hei « adore s’amuser », est satisfaite de ne pas avoir d’enfant, d’ailleurs elle a avorté une fois, et elle profite de la vie pour s’acheter des produits étrangers et écouter de la musique disco.

 

Tradition et modernité se télescopent donc déjà dans cette Chine d’il y a quarante ans. Han Shaogong place souvent l’action dans une nature où s’inscrivent les forêts, les montagnes et les rivières. « J’ai vu les montagnes lointaines et indistinctes ; j’ai vu les vestiges de l’enceinte à travers la montagne, ligne entrecoupée qui s’évanouissait à présent. Ainsi qu’un soleil petit et blanc, qui ressemblait à un œil de poisson bouilli.» Cette métaphore du poisson concerne également la vieille Yao Gu, qui rapetisse avec les années, et donc les gamins du village disent aussi qu’elle ressemble à un poisson. Si ce roman est bref il n’en est pas moins saisissant !

 

Han Shaogong : Femme, femme, femme. – Traduit du chinois par Annie Curien, Éditions Philippe Picquier, 1991, 122 pages. [Han Shaogong ne figure plus au catalogue de cet éditeur].

 

Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline

 

Tag(s) : #LITTERATURE CHINOISE
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