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Quel rapport existe-t-il entre les Oxenberg, qui vivent dans la Roumanie des années 1920 et 1930 et les Bernstein qui vivent à Washington D.C. à la fin du siècle ? Tel est le mystère dans lequel ce beau roman de Cătălin Mihuleac va vous plonger. Le romancier natif de Iaşi dans le nord-est de la Roumanie, tout près de l’actuelle frontière avec la Moldavie, a situé dans cette ville l’origine de plusieurs de ses personnages et une grande partie de l’action du roman.
Avec les Oxenberg, on a à faire à une famille de médecins. Jacques, le gynécologue réputé, est le fils d’un médecin mort au combat durant la Première guerre mondiale. Par son métier il connaît aussi bien les femmes de l’importante minorité juive que les épouses des notables du régime monarchiste et fasciste quand éclate la guerre en 1941. Jacques et Roza ont deux enfants, Lev et Golda : un garçon précoce qui a le sens des affaires et une fille qui comme sa mère brille par sa maîtrise de la langue allemande, cultivée notamment lors des vacances d’été à Warnemünde sur la côte baltique. Mais la conjoncture n’est pas bonne pour les Juifs comme eux, alors si nombreux en Roumanie. Un très violent antisémitisme s’y est développé ; emportée par l’idéologie la foule excitée s’en prendra aux « youpins » sans que l’allié nazi ait eu à pousser.
De l’autre côté de l’Atlantique, la famille Bernstein dirige une entreprise prospère spécialisée dans les vêtements de seconde main, depuis les articles simples comme les jeans, jusqu’aux produits de marques et de luxe. On apprend beaucoup sur cette activité qui a des ramifications internationales que des anecdotes viennent illustrer. Dora et Joe ont eu trois fils et l’un d’eux, Ben, a accompagné sa mère en Roumanie pour un voyage d’affaires. Il fait la connaissance d’une certaine Suzy, qu’ils recrutent, et qu’il épouse peu après aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs Suzy qui est la narratrice de l’histoire des Bernstein. La connexion entre les Bernstein et les Oxenberg est due à un certain rabbin, mais n’en dévoilons pas la solution.
L’ouvrage de Cătălin Mihuleac mélange avec brio les épisodes légers, parfois même comiques, et les scènes les plus dramatiques et sanglantes puisqu’il est amené à faire l’histoire du terrible pogrom de Iaşi en juin 1941. Avec ce roman, les lecteurs sont à même de découvrir bien des particularités de l’histoire et de la culture roumaines ainsi que de la société juive d’Europe orientale. On voit que la population juive redoutait autant les Soviétiques que les Nazis. Pour échapper au viol de masse perpétré par la soldatesque, Golda choisit de se raser la tête, de se barbouiller le visage et de porter des pantalons comme les garçons de son quartier. Finalement, Dora aussi montrera à sa belle-fille ahurie qu’elle est une femme de tête.
• Cătălin Mihuleac : Les Oxenberg & les Bernstein. – Traduit du roumain par Marily Le Nir. Les éditions Noir sur Blanc, 2020, 301 pages. [America de peste pogrom, Polirom, 2014]. Prix Transfuge du meilleur roman européen 2020.
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