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Vers la fin du mois d’août 1950, le romancier italien Cesare Pavese s’est donné la mort dans une chambre d’hôtel de Turin. Pierre Adrian a écrit cette enquête littéraire comme un pèlerinage sur les traces de son auteur préféré à la trentaine, quand dix ans plus tôt c’était Pasolini sa référence.
Seul ou en bonne compagnie, il revisite les lieux parcourus et hantés par l’auteur toujours malheureux du Métier de vivre. Avenues turinoises dominées par la Mole Antonelliana, ou le Lingotto, rues bordées d’arcades, rives du Pô, alternent avec les paysages de campagne, les collines des Langhe, vignobles du barbera — son vin préféré — , ou le village natal de Santo Stefano Belbo et la Fondation Pavese.
L’auteur présente Cesare Pavese en homme déçu par l’évolution des temps, regrettant les campagnes vidées par l’exode rural, en intellectuel resté à l’écart de tout engagement durant le ventennio fasciste — ce qui n’a pas empêché les autorités de l’envoyer six mois en résidence surveillée à Brancaleone, petit village de Calabre.
Pavese a reçu le prix Strega pour Le Bel Eté en juillet 1950, devançant La Peau de Malaparte. Il était enfin reconnu comme un grand écrivain. Il se rendit à Rome — qu’il n’aimait pas — pour recevoir son prix, en compagnie de Connie, une belle américaine qui aspirait à devenir actrice comme sa sœur Doris Dowling. Pavese avait même préparé un scénario pour elles deux. Mais il n’y a pas eu d’amour partagé… pas plus avec elle qu’avec ses liaisons précédentes.
Passionné de littérature américaine, Cesare Pavese a aussi été un brillant traducteur pour Einaudi. Le bureau de l’éditeur turinois a vu passer l’écrivain juste avant qu’il aille à l’Hôtel Roma et s’y suicide, ce soir du 27 août loin de ses amis qui étaient encore sur les plages des côte ligure et versilienne. Il avait mis un point final au manuscrit du Métier de vivre où il annonçait son geste. Sa sœur et sa nièce, trop respectueuse des écrits intimes, n’avaient pas lu la bonne page pour tenter de l’en empêcher.
Pierre Adrien, lui, a lu toute l’œuvre de Cesare et la cite abondamment pour notre profit dans ce livre touchant et d'une écriture très soignée.
• Pierre Adrian : Hôtel Roma. – Gallimard, 2024, 192 pages.
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Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline
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