Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Si l’archéologie a tardé à se développer sur le territoire métropolitaine comme l’ont montré Jean-Paul Demoule et Alain Schapp (dans leur essai Qui a peur de l’archéologie ?), en revanche l’intérêt c’est depuis longtemps porté sur les fouilles à l’étranger en liaison avec la naissance de l’orientalisme. C’est ainsi que des Français ont joué un rôle éminent dans l’élaboration de l’égyptologie et de l’assyriologie, un mot créé par Ernest Renan en 1859. Pour présenter cette aventure des fouilles françaises à l’étranger Nicolas Grimal est des plus qualifiés puisqu’il fut directeur de l’Institut français d’Archéologie orientale du Caire et membre de la Commission consultative des fouilles françaises du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) à partir de 1990.

 

L’ouvrage suit la chronologie et se divise en trois parties rythmées par les deux guerres mondiales. « La géopolitique de l’époque » a eu une incidence sur l’intérêt des Français pour ces fouilles archéologiques : l’expédition d’Égypte de Bonaparte, l’insurrection de la Grèce, la conquête de l’Algérie même, stimulèrent les aventures archéologiques. L’École française d’Athènes, fondée en 1846, lança les fouilles de Délos en 1873, de Delphes vingt ans plus tard, et servit de modèle à d’autres institutions françaises et étrangères incluant la recherche archéologique. En Grèce, en Égypte, en Mésopotamie, en Perse, l’histoire des découvertes archéologiques fut riche de figures marquantes. Auguste Mariette implanta de façon durable l’archéologie française en Égypte. En 1850 il découvrit le Sérapéum de Saqqara et ses sphinx. À sa mort en 1881, Gaston Maspero devent la figure phare de la présence des savants français dans l’empire des pharaons. Il créa l’Institut français d’archéologie orientale et organisa l’ouverture du musée égyptien du Caire en 1903. La France fut « le protecteur officiel des antiquités égyptiennes jusqu’à la révolution des colonels en 1952.» Du milieu du XIXe siècle à la veille de la Grande Guerre, les archéologues français entraient en compétition avec leurs homologues anglais et allemands. On sait le rôle d’Heinrich Schliemann à Troie, de Ludwig Borchardt découvreur du buste de Néfertiti en 1912 ou encore d’Arthur Evans à Cnossos.

 

La Première guerre mondiale élimina pour un temps les archéologues allemands de leurs chantiers de fouilles, tandis que les chercheurs d’autres pays y prenaient part, Italiens, Scandinaves et États-Uniens notamment. Les années Vingt virent les Français travailler sur d’autres champs de fouilles, au Cambodge, en Syrie, en Afghanistan. La découverte la plus médiatisée de ces années de ces années fut l’ouverture du tombeau de Toutânkhamon en 1922 par Howard Carter financé par Lord Carnarvon, tandis que les Français étaient actifs à Deir-el-Médina (nécropole des artisans des pharaons fouillée par Bernard Bruyère de 1921 à 1951) et à Tell Edfou « l’un des gisements archéologiques les plus riches d’Égypte », notamment pour ses papyrus. La Société des Nations voulut favoriser la coopération internationale, et depuis la Seconde guerre mondiale, la création de l’UNESCO travailla en ce sens.

 

L’auteur s’interroge, pour conclure, sur les stratégies à privilégier aujourd’hui. Si le financement de ces nombreuses missions (« de 6 à 8 millions d’euros [pour] le financement de l’archéologie extra-métropolitaine ») provient du MEAE et des ambassades pour un tiers, la majorité en est assuré par les contributions des universités, du CNRS et du mécénat. La modicité de ces budgets (c’est moi qui souligne, pas l’auteur) permet pourtant quelques chantiers en dehors des régions habituelles de nos archéologues. Ainsi signale-t-on des chantiers de fouilles récents au Soudan (Nubie), au Zimbabwé, au Brésil, en Alaska. L’auteur s’inquiète enfin du marché illégal d’œuvres sorties clandestinement de fouilles ou de musées et prône une coopération internationale pour la protection du patrimoine dont l’ALIPH fondée à Genève en 2017 est devenue le fer de lance. La coopération internationale est donc souhaitable, d’autant que les projets peuvent se heurter à des réactions nationalistes.

 

Le titre de ce petit livre est accrocheur, mais si les noms des archéologues sont abondamment cités, les diplomates s’y font rares, à l’exception du marquis de Nointel qui fut ambassadeur de France auprès de la Sublime porte de 1670 à 1679. Ne dit-on pas que la meilleure diplomatie est discrète sinon secrète ? Quoi qu’il en soit, ces activités ont valorisé l’image de la France bien avant qu’on parle de « diplomatie d’influence » — pour ne pas dire soft power — mais il a fallu attendre 1920 pour que se crée au ministère des Affaires étrangères un Service des œuvres françaises à l’étranger — où officia brièvement Jean Giraudoux — et aujourd’hui ces activités se retrouvent placées avec la francophonie dans le cadre de la mondialisation au MEAE qui a englobé en 1999 l’ancien ministère de la Coopération. Ceci posé, le lecteur trouvera dans cet ouvrage un remarquable aperçu de la contribution des Français à l’archéologie dans le monde.

 

Nicolas Grimal : L’archéologue et le diplomate. – Les Belles Lettres, 2025, 201 pages.

 

 

 

Tag(s) : #ARCHEOLOGIE, #HISTOIRE XXe, #HISTOIRE 1789-1900, #ESSAIS
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :