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« J’écris des livres obsessionnels » déclarait récemment Marie-Hélène Lafon. En effet, les personnages de ce roman, Claire et Gilles, étaient déjà présents dans Les sources tout comme le haut Cantal cher à l’autrice. 

 

Tout petit, Gilles vécut dans la terreur du père et « l’envie que le père meure » ; alors « il n’aurait plus peur ». Après un brevet agricole il reprit la ferme car « les fils de paysan ne choisissent rien » : le déterminisme de la transmission assigna Gilles à une vie « hors champ », marginalisé, outre son caractère introverti. Dans cette « vie de merde » le fils n’avait d’autres sorties que ses interventions de pompier et les enterrements. Lors de ses altercations avec le père, la mère, dépourvue d’amour pour lui comme pour sa sœur, n’intervenait jamais. Aucun vrai dialogue entre ces parents anonymes et leurs enfants. À l’inverse, parce qu’elle était une fille, Claire avait échappé à la ferme et s’était émancipée en faisant des études ; devenue professeur à Paris elle ne revenait que rarement au pays. Bien qu’elle répétât souvent à Gilles « si un jour tu veux arrêter tout ça, tu peux compter sur moi » elle restait impuissante à l’éloigner de la ferme. Au fil des années Gilles « s’ensauvageait » dans la douleur et la colère ; la ferme périclita car il n’avait pas investi » selon son père. Tous deux demeuraient enchaînés à la  terre.

 

Dans ce roman émouvant Marie-Hélène Lafon évite le pathos, contient les émotions de ce monde rural qui s’éteint, où « la tristesse durera toujours » et s’impose dès l’exergue. Le recours au présent et les longues phrases donnent une sensation d’étouffement, expression de la routine des jours où rien ne change. La lumière tient aux belle évocations du haut Cantal où les eaux de la Santoire traversent le plateau « scarifié de clôtures, marqueté de rares bosquets ».

« Certains textes extraits du chantier de ce roman ont été publiés entre 2023 et 2025 » précise l’auteur en postface, comme autant de pierres qui constituent l’édifice final : pour cette autrice, écrire est un effort qui mérite reconnaissance.

 

• Marie-Hélène Lafon : Hors champ. - Buchet-Chastel, 2026, 170 pages.

Lu par Kate

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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