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La Bretagne a vu périr en mer quantité de ses enfants. Dans la famille de Marie Richeux, à chaque génération, un tribut a été payé à la mer. Son oncle Charlot a fait partie de ces victimes. Voilà le drame auquel l’autrice a cherché à apporter la lumière par une enquête dans les sources écrites, mais aussi cherché à l’éclairer dans le contexte familial, en faisant parler ses tantes, oncles et cousins, et en même temps elle a élargi sa réflexion à la disparition des êtres chers. « C’est un livre qui se demande pourquoi mon imaginaire s’est accroché à ce drame, pourquoi, moi, je me suis accrochée à cette histoire…» Il en résulte un texte qui semble tenir du puzzle révélant ainsi qu’il a été construit par petites étapes de week-ends et de vacances, et par vagues de souvenirs.

 

Charles Richeux, dit Charlot, était officier radio. Il a disparu plusieurs années avant la naissance de la romancière, laissant une veuve et un fils de quatorze ans dont la narratrice, comme son père, s’est sentie proche. Charlot officiait à bord du cargo Emmanuel Delmas qui, le 26 juin 1979, a été abordé avec un pétrolier italien au large de Civitavecchia par temps de brouillard. La collision a provoqué une explosion et l’incendie des deux navires. Vingt-sept membres de l’équipage du navire français ont été asphyxiés et carbonisés, et il n’y a eu que quatre rescapés, des mécanos. Les autorités ont ramené les cercueils — des cendres plus que des corps — à Sainte-Anne-d’Auray où un mémorial évoque la catastrophe. Un procès s’est déroulé en Italie en 1985, les familles n’y ont été curieusement représentées que par un syndicaliste. A l’époque, comme à la suite de l’enquête de Marie Richeux, de nombreuses hypothèses ont été émises sur les circonstances et le déroulement du drame, et les responsabilités partagées. « On ne saura jamais » répète-t-on en famille.

 

Le livre ne se borne pas à explorer un fait divers par une solide enquête dans les dépôts d’archives. Son intérêt réside plutôt dans les témoignages familiaux en dépit d’un père qui serine « Comment ne pas oublier ». Loïc, le fils du défunt, ne voyait pas souvent son père l’officier radio ; il avoue n’avoir passé qu’un Noël avec lui, et que son image même est devenue floue. Difficile pour Marie Richeux de faire le portrait de cet oncle : « Mon père ne me dit pas grand-chose de son frère et ce livre est en train d’échouer à en dresser le portrait.» Les tantes promettent des documents mais leur nièce les attend vainement car il y a toujours une affaire plus urgente. L’autrice qui anime des émissions sur France Culture s’est également tournée vers une autre veuve de marin, lui aussi officier radio. La radio prend ainsi une dimension inattendue dans ce livre de souvenirs d’abord familiaux où, souvent, « toutes les années sont mélangées.»

 

Outre un autre marin, leur aîné, la fratrie de Charlot comprenait “Petit” Jean qui a repris et modernisé la ferme au temps de l’exode rural, et le père de Marie, le seul à faire de longues études et à travailler en ville. Officier radio offre une perception de la Bretagne toujours liée à la mer, malgré le recul du nombre de marins, de pêcheurs et d’agriculteurs. Marie Richeux perçoit une atmosphère de disparition qui s’insinue dans les âmes, à commencer par les rites de l’annonce du décès à la femme du marin ; puis elle en fait un thème qu’elle reprend en journaliste littéraire avisée, avec La disparition de Pérec et surtout Les Disparus de Mendelsohn.

 

Marie Richeux : Officier radio. – Sabine Wespieser éditeur, 2025, 235 pages.

 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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