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Avec ce titre, Monastère, l’écrivain né au Guatemala cache bien son jeu car on s’imagine vite transporté au cœur d’un couvent. Or il faut approcher de la fin pour que le titre trouve une justification dans l’anecdote d’une petit enfant que ses parents confient à des religieuses polonaises pour qu’il échappe à l’extermination des juifs par les nazis. Car, en dépit de son titre, Monastère rassemble des éléments d’histoire juive sous la forme d’un court roman largement autobiographique.
Eduardo, le narrateur, et son frère débarquent à l’aéroport Ben Gourion à Tel-Aviv. Ils doivent rejoindre leur mère pour le mariage de leur sœur avec un juif américain natif de Brooklyn. Le futur beau-frère leur fait visiter son quartier d’adoption et sa yeshiva où officie un rabbin qu’il admire. Très rigoriste il ne trouve au restaurant que des plats interdits par sa foi dans laquelle Eduardo ne se reconnaît pas bien qu’il soit issu de familles juives libanaise et polonaise. Choqué il annonce à son frère qu’il n’assistera pas au mariage de sa sœur. En attendant les valises à l’aéroport, Eduardo avait opportunément retrouvé Tamara, hôtesse de l’air de la compagnie Lufthansa qu’il avait connue au Guatemala. Elle viendra le prendre à son hôtel et l’emmener se baigner dans la mer Morte. Tel est le présent du récit.
Comme suggéré plus haut, l’essentiel tient dans des évocations du passé personnel du narrateur, dans des souvenirs familiaux, et des récits concernant des juifs qui ont échappé au génocide pour différentes raisons. Autrement dit il s’agit de l’identité juive et du choix éventuel de son oubli volontaire par opportunisme — tentation du narrateur qui va jusqu’à en rêver — ou de sa perte involontaire dans l’exemple du petit enfant confié aux religieuses catholiques. La mort du grand-père Halfon occupe une place centrale. Il faisait croire à ses petits-enfants que les nombres tatoués sur son bras n’étaient que son numéro de téléphone. Avant de mourir il a laissé à son petit-fils l’adresse qu’il avait à Lodz en 1939 avant son arrestation et sa déportation dans tel et tel camp et finalement à Auschwitz. « Les Polonais, me disait-il, nous ont trahis.» A quelques pâtés de maison habitait un autre petit garçon devenu Jerzy Kosinsky qui avait eu la vie sauve en feignant de faire partie d’une famille catholique…
Racines, tradition et héritage sont bien les thèmes clés de ce livre trop vite lu.
• Eduardo Halfon Tenenbaum : Monastère. – Traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan. Quai Voltaire, 2014, 160 pages.
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Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline
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