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À partir d’un schéma narratif simple, une visite au Guatemala sur les rives du lac Atitlán, où s’élève la maison du grand-père polonais, Eduardo Halfon construit son roman en tressant des souvenirs familiaux d’où émerge, outre l’aïeul survivant du génocide juif, la figure floue d’un oncle qu’il n’a pas connu, mort en bas âge. Il se nommait Salomón — un prénom qui, jusqu’à lui, s’est transmis de génération en génération comme son père l’en a informé, ajoutant que ses deux grands-pères à lui s’appelaient effectivement Salomón.
Déjà rencontré dans Monastère, le grand-père polonais est une figure clé du livre. Eduardo Halfon se souvient que vers ses quatorze ans, quand la famille était installée à Miami, où le grand-père dirigeait une usine de bikinis, avoir été emmené par lui visiter un musée d’aviation. Le grand-père rescapé des camps de concentration nazis cherchait à voir un certain type d’avion datant de la Seconde guerre mondiale. Des années plus tard, durant un voyage en Europe, le narrateur visite le camp de Sachsenhausen et découvre dans les archives, et avec surprise, que Leib Tenenbaum avait travaillé à monter des bombardiers Heinkel comme le He-177 et que peut-être il avait participé à leur sabotage.
Surtout, le narrateur profite de ce séjour au Guatemala pour essayer de trouver des témoins qui se souviendraient du drame : il pense en effet que le petit Salomón s’est noyé dans ce lac Atitlán. Le domaine a été vendu quand la famille est partie en Floride, mais le jardinier est toujours là. Don Isidoro — qui le connaît sous le nom de señor Hoffmann — a un peu oublié ce qu'il s’est passé dans les années 70 car il y avait aussi des troubles dans le pays. Mais Eduardo rencontre une guérisseuse, un peu sorcière. Ermelinda est une sobadera. « Toujours agenouillée, elle prit l’un des cigares, l’alluma sur la flamme d’une bougie et souffla deux bouffées de fumée sur le saint. Puis après s’être rempli la bouche d’eau-de-vie Quetzalteca, elle cracha vers le ciel un nuage d’alcool. Elle remit la bouteille à sa place tout en murmurant à la poupée des mots dans une langue maya…» Elle raconta alors comment de nombreux enfants s’étaient noyés dans le lac, mais aucun n’était Salomón. Pour l’aider à trouver sa vérité, elle lui fit boire une décoction de plantes qui envoya l’Eduardo dans les vap’s. Le narrateur est alors persuadé que son jeune oncle est réellement décédé dans un hôpital de New York comme le lui avait confié sa tante Lynda qu’il n’avait pas cru.
En bref, une improbable rencontre de la culture juive et de la culture maya.
• Eduardo Halfon : Deuils. – Traduit de l’espagnol par David Fauquemberg. Quai Voltaire, 2018, 152 pages.
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Lu dans le cadre du challenge “Gravillons” de La Petite Liste de Sibylline.
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