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Maria de los Milagros alias Milagrosa et sa mère Carmencita autrement dit Doña Estaca, sont les deux “héroïnes” de ce roman très ironique qui prend racine dans le franquisme d’après-guerre, quand règne un ordre moral guindé aux conséquences parfois bouffonnes sous la plume enjouée de Mercedes Deambrosis.
L’intrigue du roman consiste à raconter la vie de Milagrosa de l’âge de cinq jusqu’à sa majorité à vingt-et-un ans. L’incipit commence avec surprise par ces mots « Un champignon ! » lancés par des bouches amusées de voir cette gamine parée d’un court manteau rouge sur des jambes toutes blanches. Par un concours de circonstances, la pique vaut au maire d’être giflé par une Carmencita, toute bouillonnante puisqu’ il s’agit de sa fille. Malheureusement, il en résulte des sanctions contre l’institutrice publique sommée de demander sa mutation. Ainsi l’action se déplace-t-elle d’un village à un autre, soit de Cogolludo à Redovan del Segura, deux toponymes que vous imagineriez inventés alors que l’un est paumé au nord de Madrid, et l’autre près d’Alicante. Déménagement donc, mais le père restant placidement à cultiver ses terres, Carmencita débarque en conquérante dans sa commune natale en compagnie de sa fille, de sa sœur Matilda qui n’a pas droit à donner son avis et de son fils Arturo qu’on expédiera bientôt à une école d’agriculture.
Le souci premier de Carmencita, fidèle du Caudillo et agacée par "les Rouges", devrait être l’éducation de sa fille, mais dans le contexte où l’on se trouve, il s’agit plutôt de la voir grandir au plus vite pour la marier. Simplement Milagrosa reste une petite fille timide, mal habillée, et ignorante de bien des choses, au point que sa petite voisine Palomita s’efforce de faire à sa manière son éducation sexuelle ! Pensionnaire chez les religieuses, Milagrosa préfère rester dans la chapelle plutôt que de faire la connaissance de ses camarades et la voilà bien embêtée quand sa mère veut organiser un goûter pour la socialiser et si possible rencontrer les frères de ces demoiselles. Ratage mémorable ! Pire, un nez un tantinet trop long ne la rend pas très attirante : même son cousin regarde ailleurs ! De plus c’est lui qui rafle l’héritage familial pour la grande colère de Carmencita et Milagrosa n’en recueillera que de miettes à sa majorité. Mais enfin elle pourra respirer...
Les ubuesques vacances au bord de la mer alors que s’amorce le tourisme de masse — "une invasion de barbares étrangers sur nos côtes" —, l’influence pesante du clergé, la Guardia Civil, les attentats de l’ETA et finalement la mort de Franco donnent l’air du temps. Un roman divertissant à relire pour le 50è anniversaire de la fin de la dictature franquiste.
• Mercedes Deambrosis : Milagrosa. – Buchet-Chastel, 2004, 206 pages.
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