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Imaginez un stand up qui n’en finit pas de dévier au risque de se perdre en route ! Dans une petite ville, quelques dizaines de personnes sont venues assister au spectacle que donne Dovalé Grinstein, un comique de 57 ans. Dans le public il y a Avishaï Lazar, juge à la retraite. C’est de son point de vue que le spectacle nous est rapporté. Ainsi suit-on à la fois Dovalé dans son stand up et Lazar commentant, en son for intérieur, le spectacle de cet homme seul en scène qui lui a téléphoné pour l’inviter.

 

Les deux hommes se sont rencontrés dans leur jeunesse. Dovalé et Avishaï se sont connus chez un professeur de mathématiques qui leur donnait des leçons particulières, en en dernier lieu lors d’un stage organisé par l’armée. Le spectacle de Dovalé est double, d’une part des blagues en veux-tu en voilà comme celle qui donne son titre au roman et dont on ne connaîtra pas la chute, et d’autre part sa vie personnelle présentée comme une longue série de souffrances depuis sa petite enfance. Dovalé joue sur l’alternance de blagues et de souvenirs personnels pour ne pas perdre son public, mais il n’y parvient pas toujours. À chaque fois que des spectateurs quittent la salle Dovalé trace un trait rouge sur un tableau noir. Le public se raréfie et à la fin il ne reste plus que Dovalé et son ancien copain !

 

Ce spectacle qui tourne à la tragédie personnelle du clown est à fendre le cœur et amène Avishaï à verser dans la nostalgie de sa vie passée avec Tamara dont il est veuf depuis trois, partie sans lui donner d’enfant. Dovalé au contraire a cinq enfants de trois mariages successifs et croule sous les pensions alimentaires. Aussi doit-il se battre pour survivre. En cette soirée d’anniversaire, son spectacle ne tarde pas à prendre la tournure d’une confession déchirante et c’est ce qui évite que tout le public déserte et en même temps c’est ce qui tient le lecteur en haleine et l’oblige en quelque sorte à tourner les pages jusqu’au bout. L’intrigue se retrouve de plus en plus liée à un épisode tragique, longuement distillé par le comédien, quand Dovalé jeune garçon est ramené en jeep militaire de son camp dans le Neguev à Jérusalem pour les obsèques d’un parent. On ne lui a pas dire s’il s’agit de son père ou de sa mère. Il n’est pas difficile de s’imaginer la tempête que cela déclenche dans le jeune esprit… tandis que les blagues du chauffeur tombent à plat !

 

Ce roman étonnant a reçu l’International Booker Prize pour sa traduction anglaise en 2017. Un livre à connaître même si on n’est pas amateur de stand up. Juste un dernier détail : Dovalé marche sur les mains comme Kirio dans le roman d'Anne Weber paru en 2017.

 

David Grossman : Un cheval entre dans un bar. - Traduit de l’hébreu par Nicolas Weill. Éditions du Seuil, 2015. [Tel Aviv, 2014].

 

 

Tag(s) : #ISRAEL et MONDE JUIF
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