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En octobre, la narratrice, V., apprend la mort de sa mère Frida qui s’est probablement jetée dans le Saint-Laurent du haut d’une falaise. V. est venue en voiture (« en char » donc) de Montréal rejoindre sa sœur Ana et sa tante Marie pour les obsèques. Ça se passe en Gaspésie dans une maison isolée. Les hommes de la famille ne sont pas là, l’un au Saskatchewan, l’autre en Nouvelle-Écosse.
Le deuil, c’est donc une affaire de femmes. Et ça concerne trois générations. En effet la grand-mère, qui est décédée à la naissance de sa petite-fille, est présente par ses carnets, commencés à la naissance de sa fille en 1968, et que sa petite-fille née en 1992 a découvert en rangeant la maison familiale. La grand-mère était originaire d’Islande. Dans ces carnets elle disait sa passion pour son île natale aux falaises impressionnantes. Déprimée, rongée de l’intérieur parce qu’elle s’en veut d’avoir été loin de sa mère durant ses dernières années, V. s’immerge dans ces carnets qui dévoilent la vie de sa mère, instable, et de son aïeule. Leur lecture pousse la narratrice à tenter une aventure dans cette île, sorte de Québec en plus réduction, pour en apprendre davantage sur son identité pense-t-elle, une identité mal enracinée en fait.
Après les obsèques, la narratrice s'est d’abord retrouvée seule au bord de cette crique de Gaspésie dans cette vieille baraque qui craquait au vent tandis qu’un renard s’approchait jusqu’à la galerie. Elle n’a pas fait que lire les vieux papiers et musardé dans les bibelots. Elle s’est remémoré les voyages en terres exotiques avec sa mère. Par ennui et par hasard V. est devenue l’amie intime de Chloé la barmaid du village. Elles se retrouveront probablement au retour d’Islande, peut-être pour s’installer en couple dans la vieille maison...
Qui n’a pas l’habitude du parler populaire des Québécois profitera de ce bref roman pour prendre un bain de tournures et de vocabulaire. On patauge dans la « bouette », les sœurs couchent « en sardine », les « pickups parkés en croche », la porte n’est pas « barrée », etc. Au-delà de ces détails dépaysants compte la tonalité sensible du discours d’une écorchée vive, sensible à la nature, dans une langue souvent rude et familière qui contraste avec quelques embryons de poésie. Une plume à découvrir.
• Virginie DeChamplain : Les Falaises. Éditions La Peuplade, 2020, 210 pages.
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