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Bucarest a deux visages, la vieille cité populaire, et plus au nord la zone des riches, moderne, aérée : celle des principaux acteurs de cette comédie du pouvoir. Au centre vide de l’histoire il y a Miron, le président du parti au pouvoir, car l’essentiel est dans le théâtre de son entourage. Victor le milliardaire self-made man assure sa sécurité, Costin son homme de confiance fait le relai avec les service secrets qui ont survécu à la chute de Ceaucescu, Robert a en charge les médias, et Stéphane l’écrivain à succès lui doit sa réussite. De Miron, on ne saura pas grand-chose, c’est presque l’arlésienne du roman : il est inculpé par la justice, et se retrouve en prison à la fin de cette journée du 16 juin 2016 — hommage vraisemblable au Bloomsday !

 

Ce matin-là, Corina, l’épouse comblée de Maurice, un important cadre supérieur, est furieuse de la coupure d’internet. Son jeune fils est intenable sans console de jeu. Chez les voisins du quartier c’est pareil. Corina est allée en parler à Victor, il va tout arranger à l’instant et se dit bien qu’il la reverra, cette femme excitante, le soir même à la soirée où il l’invite, à l’inauguration de la villa luxueuse d’un autre nouveau riche. Corina joue de sa personne, de sa beauté, de ses ami(e)s sur les réseaux sociaux, de la réussite d’un mari complaisant ; issue d’un milieu modeste elle veut une revanche sociale et compte bien y parvenir en séduisant le milliardaire qui viendra au rendez-vous au volant d’une Maybach hors de prix.

 

Tout le roman est ainsi bâti sur la superficialité d’une classe corrompue et avide de richesse, liée à un pouvoir qui n’est démocratique et pro-européen qu’en façade, juste pour profiter des retombées de l’aide de Bruxelles à la modernisation à marche forcée de la Roumanie. Ces nouveaux riches collectionnent des investissements dans l’immobilier à Bucarest, sur la côte, à l’étranger, se lancent dans les cryptomonnaies, et arborent bijoux et gadgets coûteux.

 

Cette comédie du pouvoir est aussi un drame parce que si la chute de Miron les concerne tous, ils ne font rien pour l’empêcher de se retrouver en prison. Peut-être même ont ils été complices. « Au fond [ajouta Costin] il lui aurait suffi de débiter ses bêtises sans s’en prendre à tout le monde, de promettre des changements sans préciser la date, de dire tout et son contraire aux télés, de mentir avec élégance comme tout politicien qui se respecte ». Dans ces conditions Robert prévoit de quitter le pays et de poursuivre à l’étranger sa relation homosexuelle avec Stéphane. Celui-ci espère briller à Paris avec son nouveau roman quitte à abandonner sa maîtresse Roxana, jeune auteure elle aussi favorisée par les médias qu’influence Robert. C’est un drame pour le raffiné Costin qui achève ses mémoires politiques et se retire à la montagne atteint d’une maladie grave. C’est un drame pour Victor parce que sa soirée avec Corina ne finira pas comme l’un et l’autre l’auraient prévu.

 

L’écriture de Cristian Fulaş approfondit en permanence l’analyse de l’état d’esprit de ses personnages, mettant l’accent à chaque chapitre sur un personnage différent, plutôt qu’en donnant plus de rythme à son texte. C’est très bien écrit, et certainement fort bien traduit, sans rechercher des artifices d’avant-garde. On lira aussi ce roman comme un témoignage de l’égoïsme et de la bassesse de la classe dirigeante de certains pays.

 

Cristian Fulaş : La pire espèce. - Traduit du roumain par Florica et Jean-Louis Courriol. Éditions La Peuplade. 2025, 427 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ROUMAINE
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