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Peu d'autrices se lancent dans les romans de guerre. Déjà connue pour ses polars, Ilaria Tuti a voulu célébrer des femmes pleines de bravoure et originaires de sa région en écrivant ce roman basé sur des faits réels remontant aux années 1915-1916. Des dizaines de porteuses ont été sollicitées pour ravitailler les troupes italiennes isolées sur des pics des Alpes Carniques, tel le Pal Piccolo, et menacées par les Austro-Hongrois, à la frontière au nord d'Udine. D'ailleurs, le Museo della Grande Guerra de Timau porte la mémoire de ces femmes patriotes et dévouées.

 

Agata Primus est l'une d'entre elles. Fille célibataire de l'institutrice du village de Timau, commune de Paluzza, qui lui a laissé une belle collection de livres, Agata doit encore soigner un père âgé, et manque de ressources pour subvenir à sa vie quotidienne. Comme ses amies Lucia, Viola, Caterina et Maria, elle répond à l'appel lancé à l'église. Jour après jour, les voilà qui grimpent vers ces cimes que nulle route ne dessert et où les soldats du commandant Colman attendent munitions et vivres. Dans leurs hottes, elles portent des charges de plus de 30 kilos et forcent le respect des militaires.

 

"Les porteuses carniques" - © Musée de Timau

 

A la fois audacieuse et pleine de compassion pour les soldats les plus jeunes, Agata se retrouvera dans des situations risquées et pleines d'ambiguïté. Agata, qui est la plus jeune des porteuses, attire la sympathie du commandant et du médecin militaire. Un jour d'hiver très neigeux, un sniper autrichien isolé se retrouve sur son chemin. Armée du fusil de chasse de son père, elle le blesse, le fait prisonnier, et le soigne à la maison ! Pour elle c'est un grave dilemme moral, se retrouvant en quelque sorte un pied dans chaque camp.

 

L'Etat-Major, Cadorna en tête, ne semble pas donner des ordres très adaptés au terrain difficile qu'est la montagne avec ses sommets disputés pour y installer de l'artillerie. « L’orgueil et l’ignorance tuent, davantage que les Autrichiens et les avalanches » estime-t-elle. Mais Colman est bien décidé à obéir et à se dévouer pour permettre le retrait de ses soldats. Là encore, Agata tente d'intervenir par souci de sauver une vie. Un sentiment profond de pacifisme germe finalement dans son esprit, contrastant avec l'élan nationaliste qui emporte le pays. Un roman assez facile à lire, bourré de sensibilité et d'interrogations morales.

 

Ilaria Tuti : Fleur de roche. - Traduit par J-F Hel Guedj. Stock, coll. La Cosmopolite. 2023, 379 pages. [Fiore di roccia, Longanesi, 2020].

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE
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