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Je ne doute pas que Louise Erdrich soit une romancière honorablement connue et un prix Pulitzer récent a couronné Celui qui veille. Je ne doute pas que la culture amérindienne qui d'ailleurs connaît une renaissance soit un thème qui puisse intéresser les lecteurs européens. Je ne doute pas que les maisons hantées aient toujours constitué une bonne base de fiction, même si, comme ici, c'est une librairie de Minneapolis qui est hantée.

 

Mais franchement, ce roman qu'ont choisi cette année les jurées du Fémina étranger est une grosse déception. L'affaire commençait plutôt bien, avec un parfum de polar, mais hélas ne tarde pas à s'essouffler au fil des aveux et confessions de la narratrice et dans le dédale de sa vie quotidienne. Bientôt même ça traîne en longueur malgré diverses tentatives pour ranimer la flamme et l'on se rappelle la formule de Woody Allen, l'éternité c'est très long, surtout vers la fin... Voyons quand même les éléments essentiels.

 

Dix ans de prison. Tookie, la narratrice, a été condamnée à bien plus. L'affaire n'est pas banale. Un certain Budgie étant décédé, Mara, sa femme, transmet la nouvelle à Danae, une amie de Tookie. Celle-ci veut à tout prix récupérer le corps de son amant. Toosie s'en charge, astucieusement l'enlève et commet à l'insu de son plein gré le délit de trafic de drogue. La prison lui permet de lire et une libération anticipée lui permet de devenir employée de la librairie Birchbark Books chère à Louise Erdrich. Là, le fantôme de Flora, une vieille cliente assidue, vient hanter l'esprit de Tookie, la traquant d'un rayon à l'autre dans la librairie, faisant même tomber des livres de leurs rayons. Comme on l'imagine, Tookie cherche à s'en débarrasser, surtout après avoir été invitée par Kateri, la fille de la défunte, à la cérémonie du crématorium. Mais ce sera long.

 

Il s'avère que la plupart des personnages du roman sont des Amérindiens, plus ou moins métissés, à la recherche des usages passés pour les pratiquer à nouveau. C'est le cas de Pollux, l'ancien policier indien qui a épousé Tookie — celle qu'autrefois il avait arrêtée en douceur après son double forfait. Louise Erdrich, qui appartient elle-même à cette communauté par sa mère, est sans doute bien placée pour nous initier à certaines pratiques ancestrales écrasées par la colonisation qui a pris les meilleures terres des Ojibwés et autres Dakotas. Flora elle-même s'estime concernée par cette identité amérindienne qu'elle n'a d'ailleurs pas réellement mais qu'elle s'entête à acquérir, au détriment de l'équilibre psychique de la narratrice qui croit naïvement se délivrer en brûlant des cadeaux que Flora lui a faits.

 

Au fil des pages, et des titres cités, on suit aussi les hauts et les bas de la relation de Tookie avec Hetta, la fille du premier mariage de Pollux. Hetta s'est perdue dans le tournage d'un film pornographique en Arizona, mais elle rentre au bercail avec un bébé et un petit ami qui s'intéresse lui aussi aux mœurs indiennes, s'efforçant de faire revivre une langue disparue et se faisant l'auteur d'un livre illisible.

 

Le contexte est donné : Minneapolis s'enflamme après le meurtre de George Floyd par le policier Cauchon, en même temps que l'épidémie de Covid éclate et envoie le brave Pollux à l'hôpital. Pendant le confinement la librairie indépendante fait de bonnes affaires et nous offre 7 pages de listes de lectures conseillées, sur les fantômes, sur la culture amérindienne, et particulièrement treize titres qualifiés de « courts romans parfaits » — pleinement recommandables, eux.

 

Louise Erdrich : La Sentence. Traduit de l'américain par Sarah Gurcel. Albin Michel, 2023, 432 pages. [The Sentence, 2021].

 

 

 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS
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