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Tragédie tristement typique des Etats-Unis d'aujourd'hui, la fusillade dans un lycée forme la base de l'intrigue de ce premier roman de Bryan Reardon. Un lycéen, Douglas Martin-Klein, s'est donné la mort après avoir abattu une douzaine de ses camarades du côté du labo de chimie. Son ami Jake Connolly est introuvable. Et le soupçon de sa participation à la fusillade mortelle se diffuse comme une évidence chez les policiers comme chez les parents des lycéens. Il s'ensuit un déchaînement de haine contre le ménage Connolly, porté par les télés locales qui affluent et diffusent les rumeurs, d'autant que la police ne semble pas très active pour retrouver Jake soupçonné d'être un criminel. Cela ne peut que torturer le père qui se demande s'il connaît bien son fils. Or c'est lui, Simon Connolly, le narrateur du roman.
La narration se dédouble entre les heures qui suivent le drame et le rappel de l'histoire de la famille Connolly. Simon et Rachel forment un couple un peu particulier dans cette banlieue cossue de Wilmington, Delaware. En effet, quand Jake est né, Rachel a poursuivi sa carrière dans un cabinet d'avocats au lieu de devenir mère au foyer comme dans tous les ménages des environs. C'est donc Simon qui a lâché son travail pour élever Jake, puis Laney la fille qu'ils ont eue ensuite. Un intérêt certain de l'ouvrage se trouve ainsi dans la description des effets psychologiques que ce choix a provoqué chez Simon. Il se sent intimidé et mal à sa place dans les goûters où ils doit conduire le petit Jake et se retrouver ainsi comme seul homme au milieu de nombreuses mamans. Il a peur de passer pour insuffisamment viril, ce qu'il a compensé ensuite en participant comme coach à l'entraînement des élèves fréquentant le club de base-ball. Mais il n'est pas persuadé d'être le bon exemple.
Le père a sans doute beaucoup influencé le fils. Même si son père lui recommande d'être gentil avec les autres, Jake est lui aussi assez timide, pas spontanément porté vers le groupe des camarades de lycée, préférant passer du temps avec Max ou avec Doug — qui ne s'entendent pas et se disputent au lycée. A la lecture on ressent bien que ce léger retrait de la communauté est à l'origine de jugements négatifs. Les parents Martin-Klein et les Connolly sont jugés par la foule coupables d'avoir mal élevés leur fils. Cette accusation sans fondement vient aviver la plaie que le massacre a ouverte dans la conscience de Simon, peut-être plus émotif que son épouse, habituée par son métier à subir d'éprouvantes tensions. Coutumier de l'introspection, Simon en arrive à se demander s'il s'est bien occupé de son fils et à la suite du drame il se sent tenu de chercher à le retrouver où qu'ils soit — ce qui lui crée des tensions supplémentaires avec la police, les voisins, les journalistes.
Jake forme donc plus un thriller psychologique qu'un roman noir qui aurait étalé les descriptions sanglantes. En choisissant la narration par le père, au lieu d'un autre personnage (lycéen, policier, journaliste ou voisin…), et en évitant le surplomb du narrateur omniscient, le jeune romancier étatsunien a réussi un livre pertinent et d'une belle intensité émotionnelle — sans parler de la fin.
• Bryan Reardon : Jake. Traduit de l'américain par Flavia Robin. Gallimard, Série noire, 2018, 337 pages. Titre original : Finding Jake, 2015.
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