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Loin de moi l'idée de reprendre ici une étude exhaustive du monde et du style de Proust... Juste quelques éléments factuels.
C'est à Combray que tout commence. Je veux dire : dans La Recherche du temps perdu, Combray — en fait Illiers près de Chartres — est le titre de la première partie du premier volume de la cathédrale romanesque, Du côté de chez Swann. C'est à Combray que le jeune Marcel Proust passe des vacances en famille chez sa Tante Léonie, maladive et recluse, dont Françoise est la fidèle servante. Et c'est chez elle qu'a lieu le célèbre épisode fondateur de la madeleine dans la tasse de thé, sorte de sésame sensoriel qui ouvre à l'auteur les labyrinthes du passé.
On a donc d'abord affaire en apparence à une histoire de famille que les vacances scolaires — de Pâques ou d'été — amènent en train de Paris à Combray. Le jeune Marcel est couvé par sa mère qui ne manque pas de venir l'embrasser le soir quand il se couche, ou bien avant de monter dans sa chambre tandis que les parents, grand-père et grands-tantes, reçoivent leurs invités, par exemple Swann, un juif converti, qui se trouve avoir aussi une propriété à Combray. L'aristocratie aussi est présente les Guermantes, les anciens seigneurs restés propriétaires fonciers. Quand les parents emmènent le petit Marcel — leur fils unique — en promenade, il y a le choix entre deux chemins en quittant le jardin : soit le côté de chez Swann, soit le côté de Guermantes, titre d'un volume ultérieur. Au cours de l'une de ces promenades, le garçon aperçoit la toute jeune Gilberte, la fille de Swann, jouant dans le jardin de la villa de ce fils d'agent de change que les parents et le grand-père ne reçoivent que sans sa femme, à cause de sa réputation douteuse d'ancienne « cocotte » que Swann a cependant fini par épouser. « Quel homme exquis ! Quel malheur qu'il ait fait un mariage tout à fat déplacé !» confie Vinteuil au grand-père du narrateur qui partage cet avis.
Le cœur du volume comprend le récit rétrospectif de l'aventure amoureuse de Swann et d'Odette de Crécy. Un amour de Swann s'étend sur plusieurs années, au temps du septennat du président Jules Grévy (janvier 1879 - décembre1887) qui invite parfois Swann à dîner à l’Élysée — ce qui le situe à la fois dans la société de l'époque et qui constitue le principal marqueur temporel de cette histoire qui se déroule dans les années de l'enfance et de l'adolescence du narrateur qu'on est tenté d'assimiler à Proust né en 1871. Swann rencontre Odette de Crécy qui l'invite à fréquenter le cercle des Verdurin, couple richissime qui tient salon et entend se faire juge du bon goût. Les Verdurin forment un clan très éloigné des Guermantes où Swann fréquente aussi. Un pianiste y joue une sonate de Vinteuil — autre résident de Combray — dont la phrase musicale hante Swann. La belle Odette, au visage que Swann rapproche de celui des créatures de Botticelli, est une mondaine qui vit seule entourée de ses domestiques dans son hôtel particulier de la rue La Pérouse à Passy. Swann habite alors l’île Saint-Louis, quai d'Orléans. Leur passion commune butte sans cesse sur les mensonges d'Odette et la jalousie de Swann qui pourtant continue de lui donner de l'argent pour ses voyages sans lui à Bayreuth ou ailleurs. « Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre ! » C'est cette déclaration — célèbre — qui clôt cette partie du roman. Mais Odette a confirmé qu'elle restait libre pour lui...
Une brève troisième partie termine le volume : Noms de pays. On se retrouve sur les Champs-Élysées où, accompagné de Françoise, le narrateur rencontre Gilberte qui l'invite à jouer avec elle et ses amies. Parfois son père vient l'y chercher, jamais sa mère. Celle-ci, modèle d'élégance, fréquente le Bois de Boulogne où elle se rend en fiacre puis arpente les allées où elle croise le narrateur subjugué.
Début d'une immense fresque sociale de la France de la Belle Époque, celle des privilégiés, ce volume ne se contente pas d'être l'incontournable mise en place des personnages de La Recherche ; il permet de faire connaissance avec les thèmes favoris de Proust et son écriture à nulle autre pareille.
• Marcel Proust. Du côté de chez Swann. (Grasset, 1913).
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