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The Decade of Illusion, son premier livre, parut à New York chez Knopf. Mais Maurice Sachs est surtout devenu post-mortem un auteur de l'écurie Gallimard pour qui il avait un temps réalisé des traductions. Entre 1925 et 1942 Maurice Sachs menait à Paris une vie de dandy amoral et seul l'entregent d'André Gide lui avait décroché un emploi chez cet éditeur. Poussé par l'obsession de devenir un écrivain qui compte, il s'est lancé dans un projet autobiographique dont Le Sabbat (1946) puis La Chasse à courre sont issus. Dans cette œuvre aujourd'hui presque oubliée, l'homosexualité, l'argent et la littérature forment les trois thèmes majeurs, trois objectifs entrecroisés dans le récit de cette chasse à courre qui couvre les années 1940-1943. En plus de quelques noms célèbres, on croise en même temps de nombreux personnages réels qui ne sont ici connus que par une initiale.
La débâcle de juin 40 est le point de départ de ce volume. Employé à la radio publique émettant vers l'étranger, il quitte en catastrophe Paris pour Bordeaux mais n'y reste pas. Manquant de peu l'émigration vers le Maroc à bord du Massilia, il rentre à Paris pour gagner de l'argent dans d'obscures activités d'intermédiaire dans la vente d'or, de bijoux et d'autres valeurs. Il s'installe quai Conti ou rue des Saints-Pères pour impressionner ceux qu'il reçoit. Par maladresse, inadvertance, ou détournement délibéré des fonds, les affaires ne suffisent pas à assurer un train de vie dispendieux destiné à satisfaire ses amants successifs. Il se lance dans le marché noir et se retrouve un temps dans l'Orne avec son amie Violette Leduc (cf. La Bâtarde).
L'intérêt de cette Chasse à courre est certes à rechercher dans sa dimension documentaire sur la France de 1940 et sur le milieu qu'il fréquente. Mais on le trouvera peut-être davantage dans l'élégance de son style, dans cette écriture légère et rapide qui fait mouche, dans la vie présentée comme un jeu, une comédie. « Tout Paris, en vérité, tout Paris était à Bordeaux. Et, aux terrasses des cafés, on n'arrêtait pas de se serrer les mains. L'angoisse de l'exode avait cédé à l'amusement de se retrouver. » La dimension ludique se confirme peu après avec les premières impressions du retour à Paris : « Vers le 7 juillet, quelques promeneurs commencèrent à réapparaître, et, comme l'on était si peu nombreux, on se dévisageait à l'aise, on se reconnaissait parfois. Il se créa aussitôt un snobisme du “premier retour” (…) et le comble du chic dans ce snobisme là, c'était de n'être pas parti. »
L'Occupation n'empêche pas le monde de la nuit de continuer à vivre. « J'allai chercher au Select, bar des Champs-Élysées où se tenait un marché de gigolos, les distractions les plus trompeuses du monde (…) Quelle réunion de coquines de tout âge, poudrées, fardées, se donnant en spectacle, traitant le prix de leur nuit, espérant en d'impossibles liaisons. » L'Occupation n'empêche pas, bien au contraire, les affaires louches. Maurice Sachs tente continuellement de “se refaire”. En vain. L'accumulation des indélicatesses et des prêts non remboursés l'amène à tenter de fuir en zone libre en 1942 puis à s'engager comme volontaire en Allemagne — bien qu'israélite par sa mère. À Hambourg, entre deux bombardements alliés, il lit le Journal des Goncourt et continue d'écrire son principal roman, Histoire de John Cooper d'Albany. Les lettres qui terminent l'ouvrage révèlent un projet romanesque considérable, qu'on pourrait dire balzacien !
• Maurice Sachs. La chasse à courre. Gallimard, 1948, 245 pages. Réédité dans la collection L'Imaginaire.
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Maurice Sachs est né à Paris en 1906. Après un séjour aux Etats-Unis de 1930 à 1933, il rentre en France pour mener jusqu'en 1942 une vie d'aventures galantes et littéraires et fréquenter le milieu intellectuel parisien. La majeure partie de son œuvre a été publiée de façon posthume et principalement chez Gallimard. Il est mort sous les balles d'un SS en 1944 après avoir collaboré avec la Gestapo et dénoncé des résistants. Il se dit que Patrick Modiano s'est inspiré de ce personnage sulfureux pour certains de ses livres.
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