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J'ai acheté ce roman parce qu'il fait partie de la sélection pour le prix littéraire Le Monde de 2022 et la mention d'un « archéologue ferroviaire » en 4ème de couverture a fini de me séduire... Hélas !...
Ce livre est bâti autour de deux frères, quasiment jumeaux ayant atteint la quarantaine : Xavier et Benoît. L'archéologue c'est Xavier. Son frère est autiste, et ses traits dessinent un plus joli visage, d'où le titre “Moi en plus beau” qui semble indiquer que le narrateur serait Xavier. Or Xavier n'apparaît nullement comme narrateur ! D'ailleurs il n'y a pas de narrateur pour l'ensemble du roman. En revanche Benoît s'exprime avec volubilité devant une série de 5 photographies notamment pour évoquer le décès de célébrités qui étaient chères à sa mère disparue.
Sous la belle couverture qui évoque Le Mécano de la Générale, le chemin de fer est effectivement bien présent, dès le début, puisqu'à l'incipit Xavier est en repérage d'une ancienne voie ferrée quelque part dans les paysages boisés des Cévennes. Il découvre qu'elle se termine en cul de sac, dans les ruines d'un village abandonné par l'exode rural. On peut penser que c'est une (in)volontaire métaphore du roman ! Ce même thème revient pour clore le livre en deux temps : les deux frères jouent au train électrique et puis sortent d'un TGV au Japon — on ne sait pas trop ce qu'ils sont venus y faire...
Benoît étant atteint d'autisme, l'auteur qui s'intéresse professionnellement à cette question, évoque discrètement ce sujet à travers Ana — une amie de la mère des quasi-jumeaux qui en tant que survivante du génocide s'est établie en Israël — et très allusivement avec un autre personnage, Henry, le frère de Claire avec qui Xavier s'est apparemment mis en couple.
Puis qu'on parle d'elle, précisons que Claire a entrepris une étrange thèse de littérature. Elle recherche les raisons qui poussent des écrivains à cesser d'écrire. Cela voudrait-il suggérer que l'auteur a lui-même envisagé de cesser d'écrire ? Connaîtrait-il des accès d' “agraphie tragique” comme dit Enrique Vila-Matas dans Le mal de Montano ?
En somme je ne saurais dire quel est le vrai sujet de ce livre décousu, comme inachevé, constitué de fragments qui peinent à s'accrocher les uns aux autres, à former tant une intrigue qu'un univers romanesque. Je conçois qu'une écriture resserrée puisse constituer un but esthétique, être louable et pas seulement pour épargner les arbres, encore faut-il que la cohérence ne soit pas à ce point sacrifiée si l'on souhaite conserver l'intérêt du lecteur.
• Guillaume Le Touze : Moi en plus beau. - Actes Sud, 2022, 174 pages.
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